Je m'appelle Eleanor Rigby

Eleanor, c'est actuellement une tempête. C'est depuis longtemps une chanson des Beatles : Eleanor Rigby. Et si cette chanson rédigeait son autobiographie ? Une prosoPOPée.

Eleanor, c'est actuellement une tempête. C'est depuis longtemps une chanson des Beatles : Eleanor Rigby.

Voici une idée. Le début d'un manuscrit en cours depuis quelques mois, intitulé "Appelez-moi Eleanor Rigby".

Voici mes mots que vent emporte…

Merci de vos retours sur le fil ou en mp.

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Appelez-moi Eleanor Rigby.

Je suis faite de papier : je suis une fille-feuille. Pas un jouet du vent, mais un air du temps. Un air qui dure. Patiemment fait d’un papier ciselé et musical dont on fait les chansons.
Je suis un prénom et un nom et puis l’idée d’une femme obscure qui, extraite d’un bout de papier raturé et de feuilles froissées, déboule de papier dans sa nuit solitaire.
Je n’appartiens pas à ces chansons dont on dit plus tard qu’elles sont à jeter - quel son ! à jeter. Non, je m’honore d’être cette Eleanor Rigby.

Un jour, il y a une cinquantaine d’années, mon cœur simple a troué un brouillard de brouillon. J’ai accompli mes premiers pas sur le clavier d’un piano.
Le piano était installé dans une cave, à l’écart du vacarme, parfait pour un pas de côté.
Comme ça, l’air de rien, c’est dans ce plat bas-fond que j’ai préparé mon ascension.

Cela fait plus de cinquante ans, aujourd’hui.

Peu de mots me composent.
Cent quatre-vingt-onze exactement, sur trente-quatre lignes de vers sonores et luisants.
Des mots simples déployés dans une chanson poignante. Rien de cryptique, ou si peu (peut-être the face that she keeps in a jar by the door…mais, dans une chanson pop, l’insolite est vite pris pour du surréalisme).

Je suis une chanson en phase avec son époque, sans emphase. Je peux vous raconter mon histoire. I, me mine. Je, moi, mon histoire à moi, comme l’aurait dit George.

C’est en 1966 que tout commença, et que, sortie de la boîte crânienne de mon auteur, je pris son.

La solitude.

Les lignes d’une feuille dessinent un horizon de sons. Paul McCartney, l’auteur de mes jours musicaux, funambula en porte-voix de toutes ces vies en marge. Sa plume a fait de mes mots des oiseaux sur des branches. Ils s’envolèrent aussitôt. Avec moi, pas « de passereaux solitaires sur le toit ».  Mots et notes mués en une escadrille bien armée, de quoi briser le silence qui étouffe lâchement les solitudes. 128 secondes et quarante ans plus tard. Dans ce Make Love, les notes make War.

Cette chanson, c’est donc moi.

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A suivre (ou pas)

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