Proust que tu existes

Les artistes de la chanson cherchent le bon air partout : dans l’air du temps ou les bas-fonds de l’inspiration. Carrément prêts à passer sous les fourches coda. Per aspera ad astra. Ils aimeraient qu’un tube les fasse entrer en littérature. Au bout du tunnel de la pop, voir la lumière et partir dans une ascension culturelle.

tube
Les artistes de la chanson cherchent le bon air partout : dans l’air du temps ou les bas-fonds de l’inspiration. Carrément prêts à passer sous les fourches coda. Per aspera ad astra. Ils aimeraient qu’un tube les fasse entrer en littérature. Au bout du tunnel de la pop, voir la lumière et partir dans une ascension culturelle.

Hélas, un tube, c’est souvent long et creux, comme l’écrivait Boris Vian (qui s’y connaissait en tube, plombier-singer éminent). Il y en a pour tricher et mettre en musique les vers d'un poète, une reprise en forme de Pléiade it again, Sam.

Chanteuse, chanteur rêvent, férus de Ferré, de Ferrat ou de tout autre voie apte à ferrer la pure poésie (Brassens, Béranger, Lapointe, Leprest, Vigneault…). Ils espèrent sortir de l’ornière de la chanson, faire une belle prise et prouver la qualité de leur prose : Proust que tu existes !

Il y a eu des précédents (mais avec la juris, prudence !). Des chanteurs ont eu les honneurs de volumes brochés voire, en leur temps, ont été Seghersisés.

Depuis, le leurre d’une œuvre brille dans les yeux des artistes de la chanson. Proust que tu existes !

Ils attendent Madeleine. Mais la madeleine ne viendra pas. Marcel ne les harcèle pas. Cette recherche, c’est du temps perdu. Il ne leur reste que des jeunes filles en pleurs à chacun de leurs concerts (ou des garçons (in)désirables qui s’pâment).

Beaucoup de tubes ne supportent pas le passage à l’écrit. Les lire sur du papier c’est les déshabiller, c’est montrer de quoi ils sont faits, pourquoi ils sont surfaits. Proust que tu existes finit en "Prouve que tu existes !" et ça ne résiste pas à la mise en ligne.

C’est l’évidence qui se rappelle aux oreilles : une chanson se chante. Elle est habitée par un corps, une voix, une orchestration (habitée voire possédée quand il s’agit d’agité(e) du vocal). En passant à l’écrit, beaucoup de paroles sans musique s’assèchent, se fanent, deviennent plates. Parfois jusqu’à ressembler à une rédaction d’élève de 3ème et la mauvaise note n’est pas loin…

C’est le syndrome du vampire. La mise en lumière sur le papier leur retire la force qu’elle tirait de leur interprétation. Art mineur ou majeur, tout ça, tout ça.

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