Le départ volontaire : si tu t'en vas, restes-y

Le « plan de départ volontaire » annoncé par le gouvernement sent la vieille recette. Il sonne comme le dégraissage de mammouth du Nouveau Monde. La langue a changé. C’est moins brutal, moins méprisant, moins bestial. Dans cette formule gouvernementale, le fonctionnaire semble moins poilu, moins hirsute, moins préhistorique.

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Le « plan de départ volontaire » annoncé par le gouvernement sent la vieille recette. Il sonne comme le dégraissage de mammouth du Nouveau Monde. La langue a changé. C’est moins brutal, moins méprisant, moins bestial. Dans cette formule gouvernementale, le fonctionnaire semble moins poilu, moins hirsute, moins préhistorique.

Non, on ne parle plus de la même façon à la masse salariale des fonctionnaires. La raison, c’est mieux pour faire passer la pilule. Il y a tout de même plusieurs mauvaises langues (mortes) pour ironiser sur ce « départ volontaire » qui fait quand même très « euthanasie », « suicide assisté ».

Dans ce Plan de départ volontaire, l’idée est la même qu’avec le dégraissage du mammouth. Après avoir diminué les heures de cours, on diminuerait bien le nombre de fonctionnaires. Trop nombreux, trop onéreux, trop conscients que leur travail se heurte à des moyens insuffisants. Ils la ramènent trop et n’ont même pas le reconnaissance du ventre et de leurs avoirs gelés.

En pleine réforme du collège, il était drôle que les professeurs accusés d’immobilisme s’entendent dire « Démissionnez !». À l’impossible nul n’est tenu de rester là. Souplesse, mobilité, flexibilité.

La réforme du collège était un mobile.
Ce mobile ressert au gouvernement et l’étau se resserre autour du fonctionnaire.

Cette nouvelle réforme, ce plan de départ volontaire doit faire place nette. Il suffit d’offrir à quelques fonctionnaires déplaisants des jours de carence pour tout leur reste de vie. De la carence en sac pour avoir le bonheur de voir du prof Séchan ses cours. Bon vent et les mistrals gagnants !

Et si dans « départ volontaire » on entendait aussi mutation ? La formule conviendrait tout autant. Inter. Intra. La mutation, celle pour laquelle on ne prie pas. Cela porte malheur (autant que de passer sous un ascenseur social en panne)

Le prof est prudent. Il connaît les aléas de la fortune et il sait que les cierges sont éjectables.

Contrairement à l’idée reçue d’un immobilisme forcené, l’envie de bouger existe bien chez les fonctionnaires. Ce n’est pas toujours bon signe pour un Service Public de qualité. Tous ces profs qui voudraient partir, au local, au national, traduisent un profond malaise dans le monde éducatif. Rien d’un Escape Game. Pas de luxe, pas de calme, une volonté. Alors qu’il est difficile de recruter dans ce métier, on laisserait partir des professeurs expérimentés, on gaspillerait les ressources, on laisserait des bibliothèques brûler ?

Finalement, ce « plan de départ volontaire » ça fait quand même très suicide assisté du Service Public.

Source : https://dictionerfs.wordpress.com/2018/02/05/dictionerfs-inedits-le-depart-volontaire/

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