Il était des voix grecques

Tombant par hasard sur un recueil de textes d’auteurs grecs, il découvre que, durant la sinistre dictature des colonels, des auteurs ont choisi le silence. Et quel silence ! Ils restèrent 3 ans sans publier : de 1967 à 1970. Les militaires prirent le pouvoir et des auteurs prièrent pour ne plus les voir. Un silence, comme une prière d’insérer.

voix-grecques
Tombant par hasard sur un recueil de textes d’auteurs grecs, il découvre que, durant la sinistre dictature des colonels, des auteurs ont choisi la force du silence. Et quel silence ! Ils restèrent 3 ans sans publier : de 1967 à 1970. Les militaires prirent le pouvoir et des auteurs prièrent pour ne plus les voir. Un silence, comme une prière d’insérer.

3 ans sans publier de poèmes, de récits, d’essais. Pas une auto-censure honteuse, une auto-censure de résistance en attendant, en pugilistes de la démocratie, une bonne gauche et un droit à la parole.

Seul le silence est grand ? 3 ans de silence. De quoi se remplumer ?

Adepte du 'Pas un jour sans une ligne', il s’interroge : est-il facile pour des auteurs connus de choisir la voie du silence plutôt que la voie de l’écrit ? L’écrit dans un temps suspendu pour lutter contre les cris dans les geôles.

Question de politique, question de peau à sauver.

Ils décidèrent de publier à nouveau lorsque la censure disparut et fut remplacée par un bien menaçant « vous pouvez publier à vos risques et périls ». Ils choisirent alors la voie du collectif, affrontant le censeur avec leurs frères d’âmes. Le livre de 18 écrivains comme l’expression d’une majorité. Leur acte de courage ne s’arrêta pas à la publication : ils endossèrent à plusieurs le rôle d’éditeurs et signèrent, tous, en fin de volume de leur nom accompagné de leur adresse. Un vaillant post-scriptum.

L'affrontement entre la dictature et ces écrivains d’opposition se résumait ainsi :
Eux, Courage.
Elle, Haine.
Tous hellènes mais pas tous la même voix grecque. Les uns jouant de l’illusion d’une liberté, les autres s’armant d’allusions pour dénoncer l’illusoire.

Extrait d'un de ces textes

"Après dîner, de nouveau la cloche retentissait

et ils [Les chats] sortaient pour la bataille nocturne.

C'était miracle de voir, dit-on,

Les uns boiteux, les autres borgnes,

d'autres sans museau, sans oreilles, la fourrure en loques.

[…]

Férocement acharnés et sans cesse blessés

ils exterminèrent les serpents, mais enfin

ils périrent, ne pouvant résister à tant de venin.

Comme lorsque sombre un navire, rien ne survécut

ni miaulement, ni cloche.

Tout droit !

           "Que pouvaient bien faire les malheureux

luttant et buvant jour et nuit

le sang empoisonné des reptiles.

Des siècles de venin ; des générations de venin."

Georges Séféris, traduction - excusez du peu - Lorand Gaspar.

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