Un nouveau naufrage

Le naufrage d'un bateau de migrants au large de la Tunisie fait plus de 50 morts.

ulysse
Le naufrage d'un bateau de migrants au large de la Tunisie fait plus de 50 morts.

Nos phrases sont bien timorées devant ces naufrages. Alors que les réfugiés nourrissent la mauvaise conscience des hommes, les poissons se nourrissent des réfugiés.
Peu importe la couleur des hommes, le poisson est vorace. Pour lui, un homme en vaut un autre (certains humains pourraient en prendre de la graine). Les eaux glacées du calcul égoïste lui conviennent très bien.

Je est un autre. Il devrait être un hôte.

Parfois, ce sont des bateau de pêche qui recollent les morceaux de la solidarité humaine. Encore et toujours la "pleine merde" trouve un maigre espoir dans la pleine mer. Un espoir si maigre que la mort surgit sans avoir vu les gardes-côtes.

Perdre la vie en essayant de gagner un pays. Au spectacle de ce qui passe dans l'eau, les poissons ne ferment pas les yeux. Nous, si.

Pendant que l'humanité s'écaille, les eaux et les os se confondent. Le bel azur et le mauvais sort. Animal on est mal.

Abysses, ça bis. Beurk. Le capitalisme filet-o-fish les hommes dans un Max d'O. L'homme n'est pas toujours un frère pour l'homme, il se fait passeur. Ou bien il se moque de ces vies brisées et se tient les côtes.

Partance. Errance. Déshérance. Peur ou proue, peu importe. En rame vers le drame. À leurs destins les eaux s’ouvrent puisque la terre ferme ! Dans un claquement de porte suivi d'un tour de verrou. On n'a rien vu. Fallait pas s'exiler, aussi.

Peu importe l'horoscope, c'est toujours le même signe du zodiaque : une main tendue, un geste de loin ou un cri. Horoscope du 12 mai : "Il aurait été plus facile d'éviter la précipitation et de tenir compte de l'expérience passée."

La sécheresse du cœur s’organise. On s’orbanise petit à petit. Aux ponts, on répond par des murs. Çà et là, une Nausicaa recueille encore un Ulysse.

Dans son état d’étranglé, le migrant ne peut croire que la liberté c’est par ration.  Il se réfugie dans l’espoir dont il a soif de grosses gorgées. L’aventure, c’est ce qui arrive à ceux qui partent.

Pas d’amour. Des murs.
Pendant que les places financières clôturent à la hausse ou la baisse (et, franchement, on s’en fout), des pays se clôturent. Ce mur est une pente. C’est le mur des lamentables.

Quand le malheur s’approche, l’homme marque sa distance. Gare, les morts kilomètres se rapprochent.

Nous ne sortons pas grandis de cette situation. Nous sortons Grande île, oui. Coupés du cœur du monde.

Simplisme ? Peut-être. Alors naïfestons modestement notre amitié à tous ces réfugiés.

 

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