Lakôn de Thrace

Philosophe antique réputé pour ses saillies vengeresses et ses aphorismes piquants.

 Lakôn de Thrace : Philosophe antique réputé pour ses saillies vengeresses et ses aphorismes piquants.

À son époque, grecque antique, son nom ne prêtait pas à rire. Et il était l'objet d'un culte certain. Sa cour n'était jamais à court de ses mots rares.

L’homme ne manquait pas d’air, ni d’être lapidaire. Sous des dehors discrets, il n'avait rien d'un analphabète émotionnel. À mille lieues de ces philosophes grecs bavards comme des Pi. Lui, Mu par de bas instincts thraces et relevant du Psi, se vantait d'être capable de parler de tout. Et pour ça - comme il le disait (pas souvent) - faire phi de beaucoup de choses.

On prêtait l'origine de ce trait (prompt à produire des traits d'esprit efficaces) à sa mère qu'on disait laconique. Des spécialistes contestent aujourd'hui cette théorie : "Laconique, sa mère ? Lakôn de Thrace ne l'a jamais connue"

Il ne marchait pas pour penser. Pas de philosophie ambulatoire. L'ambulatoire, il gardait ça pour ses vieux jours. Il restait assis. "Les pensées, les idées me trouveront assis." Il voulait participer à la fécondation de l'esprit humain en dépensant le moins d'énergie possible. C'est sur un siège qu'il travaillait ses dossiers.

Ni bretteur, ni rhéteur, c’était un philosophe concis et qu’on cite. Ou plutôt qu’on citait dans la cité. Le temps a passé. Depuis, Lakôn a laissé place à des épigones. De propos apocryphes en chaises musicales, difficile de retrouver sa trace.

Un philosophe Epuiplurien. Nimbé de mystères, d'un nuage de mots, un polémyst. Un portrait brouillé. À peine est-il repéré dans un dictionnaire à reliques, dans une biographie d’auteurs obscurs, qu’on perd aussitôt sa trace. Était-ce bien lui ? Était-ce un homonyme ? Avec un nom pareil, quand même… On a perdu la page et les quelques lignes déjà semblent avoir disparu.

Ce qu'on…Ce que l’on croit savoir c’est que son verbe ailé, empenné, se faisait mouche dans le lait et pieds dans le plat et sur le plateau.
Loin des gens de Chrysostome, bouche d’or et langue de bois, c’était un philosophe sinon laconique, du moins laconicien qui savait dire peu (« Et même « Peuh ! » selon ses plus fervents partisans qui aimaient son aquaboinisme espiègle).

Il fut longtemps précieux aux hommes qui pensent qu’il ne faut pas mégoter ni sur l’économie de marcher ni sur l’économie de mots.
On raconte que Lakôn de Thrace fit ce choix de rester assis après une longue marche qui lui avait fait gonfler les pieds. Cette infirmité qu’il partageait avec le jeune Œdipe expliquerait l’origine qui lui est prêtée, Thrace, et qui ne serait qu’une déformation de « Ta race ». Ta race "de pieds gonflés". Des spécialistes s’échinent à trouver d’où pourrait provenir son nom, Lakôn ? Un surnom ?

En tout cas Lakôn de Thrace fut si laconique qu’il n’en reste pour ainsi dire rien. À part quelques cris ici ou là qui rappellent que derrière le philosophe qui prend son temps il y a souvent un homme qui perd ses nerfs. "Eh ! Avance, Lakôn de Thrace !"

Comme quoi, l'esprit de Lakôn de Thrace c'est, paradoxalement, une question de vocabulaire.

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