Lemming Way

The lemming condition n’est pas une fête. Des années qu’on leur prête des envies de suicide en masse. Qui est ce « qu’on » ? Pour qui sonne le glas.

Photo perso, bord de rivière Photo perso, bord de rivière
The lemming condition n’est pas une fête. Des années qu’on leur prête des envies de suicide en masse. Qui est ce « qu’on » ?

Pour qui sonne le glas.

Cette réputation ronge le petit animal. Faut dire que c’est pas gros un lemming. 100 grammes et un sang d’encre.
C’est une légende rurale, bien avant les Fake News, qui a fait du lemming sa victime. Mais l’intox a une source qui mérite d’être rappelée pour ne plus être reproduite.

Veillée d’armes.

Le suicide des lemmings ? Il faut être Disney de la dernière pluie pour y croire encore.
Le Désert de l’Arctique est un documentaire pour lequel fut mis en scène le faux-suicide des lemmings. Un millier de ces rongeurs achetés à des Inuits et un plateau horizontal tournant et glissant scellèrent, au fond de l’eau, le destin d'un animal dont la réputation ne cessa alors de déchoir dans l’esprit humain.
Sont cons, ces lemmings ! disait la sagesse populaire.

On aurait aimé voir Les Neiges du Kilimandjaro envahir l’écran. Hélas, dans les foyers, tous les bambins nourris à Bambi purent voir et revoir ce documenteur.

Le lemming ne se suicide pas. Comme tout un chacun, quand il est mammifère, il peut déraper, glisser, se mélanger les pattes, voire être bousculé. Quand c’est au sommet d’une falaise, ça ne pardonne pas. Et si l’animal est âgé…

Le Vieil Homme et la Mer.

Difficile de pardonner en revanche à Disney sa vision suicidaire de la lemming condition tant elle fut multidiffusée, oscarisée en diable et en arme de désinformation massive.

L’adieu aux armes.

Si l’animal se déplace en masse, c’est pour sa migration et, dans pareilles circonstances, les accidents arrivent vite, n'est-ce pas ?
Le lemming souhaite qu’on le considère comme un petit animal normal. Qu’on le sorte de ses ténèbres éthologiques et que pour lui,…

Le soleil se lève aussi.

Lemming way façon Disney était sournoise ; l’Hemingway était plus simple : un coup de fusil.

Mort dans l’après-midi.

[L'idée de ce texte m'est venue en lisant. Entre autres choses à apprendre ou à retrouver dans ce bouquin acheté tout récemment : Les Français et la nature - Pourquoi si peu d'amour ? de Valérie Chansigaud, Actes Sud, 2017, 20 €]

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