La politique de l'émeu

Il n’y en a que pour l’autruche et pourtant la politique de l’émeu, ça existe. Comme on l’oublie, le dromaïdé en est traumatisé. Pour un peu, il mettrait bien sa tête sous terre : preuve qu’il y a bien un peu d’autruche chez cet australien.

Emeuticône Emeuticône
Il n’y en a que pour l’autruche et pourtant la politique de l’émeu, ça existe. Comme on l’oublie, le dromaïdé en est traumatisé. Pour un peu, il mettrait bien sa tête sous terre : preuve qu’il y a bien un peu d’autruche chez cet australien.

C’est un oiseau très sensible, pleureur, voire pleurnichard. Tout l’émeut, l’émeu (en anglais, on l'appelle d'ailleurs emu). Son cuir est épais, mais ce n’est qu’une apparence. En Australie, l’oiseau passe sa vie en blême (et putain, c’qu’il est blême !). Comment réussir sa vie quand on est émeu et pleurnichard ? Par chance, il est, avec le kangourou, l’emblème officiel de l’Australie (et putain, quel emblème !).

Cet oiseau carbure à l’émotion. Une émotion aussi rudimentaire que le sont ses ailes. Quelques scientifiques avancent même que son inaptitude au vol viendrait d’une trop grande sensibilité qui lui couperait les ailes.  Ils le qualifient d’animal catastrophié, d’émeu apterré par tout ce qui se passe. L’étymologie du nom Emeu viendrait de cette sensiblerie : un lancinant «Et moi» entrecoupé de sanglots («et meuuuhoi !») donnant le mot «émeu».

Il est gouverné par sa politique de l’émotion. Son sentimentalisme est omnivore. Tout l’intéresse et tout l’émeut : du départ inéluctable de ses oisillons hors du nid aux histoires people du fond du bush. Il voit tout, rien ne lui échappe, hélas. C’est sa très grande taille qui veut ça. Le point de vue de l'émeu émeutionné.

L’émeu couve donc toujours quelques larmes. Cette humidité permanente expliquerait son plumage frisé. C’est un oiseau définitivement Blue, comme son cou. Sur ce point, même les adultes, monsieur et madame Emeu, sont immatures.  Oui, même très grand, il en a toujours gros sur le cœur, l’émeu.

Stressé, inquiet, l’émeu n’a rien d’un dur (il un peu plus d’un Nandou). Certains ornithologues français de droite se moquent de lui et profitent de son nom latin (novaehollandiae) pour le surnommer ‘Le changement, c’est maintenant’. Forcément, ça l'emeut, même s'il ne comprend pas la référence. En tout cas, le changement ne lui fait pas peur. C’est un nomade capable d’aller n’importe où ça l’émeut d’aller.

Si cet oiseau pisse comme il pleure (son côté Brel et novaehollandiae d’Amsterdam), il fait preuve d’une étonnante résistance au manque d’eau grâce à la capacité impressionnante de ses glandes lacrymales.

Bien qu'il se sente concerné par les affaires du monde, c’est un solitaire sensible qui n’aime pas l’émeute. Son snif! ne le pousse pas au manif. Question chaleur humaine, il rêve tout au plus de réunions familiales. Mais son cousin casoar est trop loin. Du coup, ces cousinades casoaresques lui sont inaccessibles et ça aussi ça l’émeut.

Emblème oblige, sur le web australien, il a son Emeuticône attitré : c’est l’ému (*-*) en émeu (voir montage photo).

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