Poulidor ou la "Vox populidor"

Poulidor et Blondin.

Hier, il écoutait dans les Nuits de France Culture une interview lointaine d’Antoine Blondin (1971). L'auteur de L'Humeur vagabonde ou de L'Europe buissonnière racontait qu'il était voisin de Raymond Poulidor. En suivant cette émission, en gros gros différé, il ne savait pas que les mêmes ondes radiophoniques lui apporteraient le lendemain une annonce aussi bien imprévue qu’inéluctable.

Poulidor a rejoint Blondin (mais finit second derrière Anquetil, une dernière fois de plus)

Celui qui ne fut jamais maillot jaune a rejoint le hussard qui fut, plus souvent qu'à son Tour, noir.

Hier, un billet lui donnait l'occasion de parler de l’abus du mot latin, vox (et qui abus, boira jusqu'à plus soif).
Il se souvient opportunément des chroniques sportives de Blondin et de l’usage qu'il faisait du mot à propos de Poulidor. Jouant sur l'expression vox populi, vox dei (la voix du peuple, la voix de dieu), l’écrivain parlait de ‘vox populidor’.

Vox populidor. Comme une consécration gagnée davantage le long des routes, sous les acclamations de la foule, que sur la ligne d'arrivée. L'affaire est dans le sacre. Ironie du sport. Cette vox, c'est son -V de la victoire à lui. Jamais déifié, toujours populaire. Comme un Jupi'terre à terre.

Dans un monde où frime et prime le culte de la performance, entendre tresser les louanges d’un éternel second, sans qu’on le traite de « ce con ! », c’est un peu d’espérance en plus. Mais les eaux glacées du calcul égoïste veille. Tss ! Tss ! Se contenter d'argent plutôt que d'or ? Prêter ses sous, plutôt que d'être près de ses sous ? Penser à Raymond plutôt qu'à "mes ronds !" ? Tss ! Tss !

Poulidor, j'adore ! On rêve de cette PouPoululation.

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