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Si vous en avez marre des affaires politiques, L’affaire Arnofilni est pour vous. Loin du tableau d’une Vème République qui soubresaute, le livre vous offre le cadre d’une XVème siècle.
Lire ce livre n’a rien d’un emploi fictif. C’est un livre dont le format modeste n’a d’égal que l’érudition foisonnante.

C’est l’histoire d’un tableau peint en 1434 par Jan Van Eyck. Ce sont des histoires sur un tableau.

Les lecteurs qui se souviennent de la série Palettes, réalisée par Alain Jaubert, retrouveront le même gai savoir, le sens du détail, une érudition qui stimule. Comme une visite chez un ophtalmo qui conjuguerait l’histoire des yeux à celle des Arts (l’auteur fut médecin généraliste). Avec ce Dr-là, la loupe de Sherlock Holmes est de rigueur.

L’enquête est d’autant plus de circonstance qu’on sait peu de choses sur le peintre Van Eyck et que les témoignages d’époque sont rarissimes.
Ce vide mérite mieux. C’est à quoi s’emploie le livre du haut de sa pyramide de monographies, d'essais, d'ouvrages d'histoire de l'Art.

Le tableau a donné lieu à de multiples interprétations : claires ou plus sombres. L’amour, la mort. C’est dans ce sillage bouillonnant que s’inscrit l’auteur du livre.
Le bouquin commence par du latin et du grec : un fuit hic qui interroge et une devise grecque qui fait la part belle aux majuscules. Et un peu de vide est comblé par une devise d’Ovide sur le cadre du tableau.

Le livre permet de faire la part du prosaïque et du symbolique. Le lecteur prend plaisir à s’égarer dans telle ou telle interprétation.

Tout passe au crible : l’homme et la femme bien sûr, ainsi que le miroir, le petit griffon, les médaillons dans le cadre, la fenêtre, le chandelier, les trois chandelles, le lion et le diable de bois, l’orange, la paire de mules, les sabots, le coffre…

On y apprend qui était Saint Arnoul et Sainte Marguerite. Et même, pour les plus FI des lecteurs, on y parle de la tante de Melanchthon (pour palier l’attente de Mélenchon).

Au détour des phrases, il y a des mots qui frappent. On y croise, à l’occasion, un vocabulaire joliment désuet. Ah ! Cliquepatins. Et il y a ce plaisir, à la fin de l’ouvrage, de voir surgir un mot dont chacune des lettres est dissimulée dans le tableau.
C’est un livre-concept et il n’est pas étonnant de voir deux chapitres placés sous la tutelle de Perec puis Queneau.

Le livre est doté d’un bandeau : c’est un blurb de Daniel Pennac. (voir : https://blogs.mediapart.fr/lepistolero/blog/201216/le-cabinet-de-barbe-blurb)

Le tableau se trouve à La National Gallery à Londres, salle 56. L'Affaire Arnolfini - Les secrets du tableau de Van Eyck, Jean-Philippe Postel, Actes Sud, 18 € ( http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/laffaire-arnolfini )

Le livre se trouve en librairie. Je l’ai lu et il me reste à voir, un jour, le tableau en vrai.

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