Ne feuilletez pas de livres, je vous en prie

Maintenant que Michael Lonsdale et Sean Connery nous ont quittés, plus d’abbé, plus de Guillaume de Baskerville. On ne prie pas. On crie parce que le Monde du Nom de la Rose et de Jorge de Burgos se déploie (et se spoile, pardon). La Muse gueule et le bibliofile un mauvais coton.

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Maintenant que Michael Lonsdale et Sean Connery nous ont quittés, plus d’abbé, plus de Guillaume de Baskerville. On ne prie pas. On crie parce que le Monde du Nom de la Rose et de Jorge de Burgos se déploie (et se spoile, pardon). La Muse gueule et le bibliofile un mauvais coton.

C’est le Nom de L’Arrose virus.

La caricature a du mal à passer. Elle caricatue même. Les ouvrages pleins d’un rire satirique vont-ils tous disparaître des bibliothèques, des librairies ? Le rire pincé sera-t-il de mise ? Fini ? Le livre est un instrument de la raison ou le pire des péchés ? Nous ne pourrons plus nous tordre de ce rire simiesque si salutaire ? On s’ingénie à nous faire comprendre qu’ « Attention, hein ! » que « C’est pas si simple » et pire : pour la Ministre de la Culture, « il ne faut absolument pas feuilleter les livres » dans les librairies. Sur le moment, on se pince. On esquisse un sourire. Mais ce réflexe de détente repart vite dans son coin. C’était juste un rictus.

« il ne faut absolument pas feuilleter les livres »

La formule est triste et il n’a pas feuilleté tous les livres.

Un livre qu’on cite, à la page tant, en librairie, s’illicite.

Littérature. Le lieu de convivialité rature le contrat entre lecteur et éditeur.

La France va baigner dans le sans. Sans livre. Sans moyen de défense contre l’ignorance. Sans recours contre ceux qui ne croient qu’en un seul livre, alors qu’il en faut cent, mille, des millions pour se faire une idée, une pensée. Avant d’en lire d’autres pour qu’à nouveau notre animula vagula blandula, notre petite âme, tendre et flottante évolue.

Passé : Je lus. Présent : J’évolue.

Puisqu’on ne peut feuilleter un livre entier, va-t-on vendre des pages ? Les premières pages avec incipit ? Les 10 premières pages ? Des lots de pages. Vous en voulez plus ? Je vous en mets combien ?
Certains prix littéraires vont être contents. Ceux qui s’amusaient à célébrer une page comme un unique objet.
Le Prix de la page 111, par exemple.

Va-t-on afficher les pages dans les librairies. Et il y a certes de belles pages de la littérature à afficher.

« il ne faut absolument pas feuilleter les livres ». Un petit bruit perce. C’est la Liseuse qui se frotte les mains et salive (elle a le droit elle).

Des pages infeuilletables ? Libres de doigt ? Y a du covid dans mon Ovide !

Les coins des pages sont-ils empoisonnés par un nouveau Jorge de Burgos ? C’est Le Nom de l’Arrose Virus qui s’installe. Jorge de Covid est là, l’ennemi des librairies : Coupables !

Le professeur de français a des sueurs froides. Peut-il donner des livres à ses élèves ?

https://lirepeuouproust.wordpress.com/

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