En hommage à Heather Heyer

En hommage à Heather Heyer, 32 ans, la victime de Charlottesville, membre de l'IWW (Industrial Workers of the World), comme le fut Joe Hill.

En hommage à Heather Heyer, 32 ans, la victime de Charlottesville, membre de l'IWW (Industrial Workers of the World), comme Joe Hill.

"Ne vous lamentez pas, organisez-vous". Don't mourn, organize !

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"Il y a cent ans, alors que j’attendais mon exécution dans une prison de l’Utah, il y eut dix mille lettres de protestations. Ceci est ma propre lettre.
    Je m’appelle Joe Hill. Mon nom ne vous est peut-être pas connu. Travailleur, esclave salarié, immigré, j’ai été un syndicaliste qui écrivait des chansons. J’ai mis mes forces et mon petit talent de chanteur dans ce rêve qu’un jour viendrait une nouvelle société. Les cordes avec lesquelles le pouvoir chercha à pendre les syndiqués, j’en ai fait des cordes à jouer, à chanter, des cordes sensibles. La rumeur a fait de moi le chantre de la cause ouvrière, mais la cause était bien plus grande que ma petite personne. J'étais avant tout un chanteur.

 «Mais Joe, tu es mort depuis cent ans !», s’étonnent ceux qui me connaissent déjà. C’est effectivement au mois de novembre 1915 que les capitalos ont voulu en finir avec moi. Ils n’y sont pas arrivés. Ils n’ont pas tué Joe Hill. Au contraire, ils m’ont libéré. C’est à eux que je dois cette nouvelle vie. C'est bien la seule chose que je leur dois…

Qu’ils sont sinistres, ces dominants qui font grincer férocement la roue de la fortune capitaliste. Pendant ce temps-là les travailleurs font le gros dos, lèvent le poing bien haut ou font parler la poudre. Les puissants ont de grandes poches et des petits copains pas fréquentables qui les aident à les garder bien ouvertes. Avec eux, le droit à la paresse n’est pas de mise : une vie compte moins que des profits.

1915, c’est loin. Je ne sais pas si cent ans ont produit quelque changement que ce soit. Je parierais bien qu’il y a encore des exploiteurs et des exploités. La guerre qui couvait dans mes derniers jours sur terre a dû faire bien des ravages du côté des ouvriers.  Mourir pour des industriels n'a pas de sens ! Les idées de Thoreau, partisan de la désobéissance civile, ont-elles conquis des cœurs courageux ? En tout cas, des vies d’ouvriers et des impôts ne vaudront jamais le sang et les souffrances que génèrent les guerres. J'espère ardemment que les flammes de la colère sont encore vives !
Je ne suis pas mort.

Lors de mon exécution, on m’a demandé ce que je préférais : la corde ou le fusil ? J’ai préféré le fusil. Parce que, jeune, j'avais travaillé dans une fabrique de cordes ? Non, plus sûrement parce que, dans ma vie de syndiqué, j'avais été pris pour cible plusieurs fois et que je me suis dit que je pourrais encore le supporter.

On m’a tiré plusieurs balles dans la peau après que j’ai, moi-même, crié « Feu ! »

J’ai été un de ces chiens de syndicalistes accusés de la rage qu’on noie sous une rafale de balles. Mes tueurs ont obtenu 40 sous pour avoir une paie ; l’État de l’Utah a obtenu mon cadavre pour avoir la paix. En guise d’épitaphe, c'est "FULL PAID" qu'on aurait pu graver sur ma tombe. La tombe d’un pestiféré, d’un gars dont on retrouve le nom dans une liste noire à proscriptions. Black Hill.

Allez, souvenez-vous de ma demande : "Ne vous lamentez pas, organisez-vous". Don't mourn, organize ! Elle sera toujours d'actualité."

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