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Billet de blog 16 avr. 2022

Je t'aime Jetée

Qu'on se le dise : La Jetée de Chris Marker (1962) est une réflexion poétique sur le temps et la mémoire. C’est la boucle temporelle la moins chère de l’histoire du cinéma, mais la plus chère aux amateurs de boucles temporelles.

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La Jetée de Chris Marker (1962) est une réflexion poétique sur le temps et la mémoire.
 
    C’est la boucle temporelle la moins chère de l’histoire du cinéma, mais la plus chère aux amateurs de boucles temporelles.

    C’est la boucle temporelle la moins chère de l’histoire du cinéma parce que c’est un photo-roman de 29 minutes. Le paradoxe d’un photo-roman réalisé par un artiste qui n’aimait pas être pris en photo. Le paradoxe d’arrêts sur images pour évoquer malicieusement le voyage dans le flot du temps. Les secondes rares où la photo s’anime et devient ébauche de film n’en sont que plus émouvantes. 

Il n’y a pas de dialogues dans La Jetée et c’est une voix-off qui assure le récit écrit par Chris Marker. La voix de Jean Negroni.

Il n’y a que deux acteurs principaux : Davos Hanich (l’homme) et Hélène Chatelain (la femme). 
    
    C’est la boucle la plus chère au cœur des amateurs du genre tant elle a marqué les esprits. On est bien avant Je t’aime, je t’aime (1968) de son ami Alain Resnais.
    Je t’aime Jetée
    Une boucle fondatrice, reconnue internationalement. Elle eut son remake aux USA : L’Armée des 12 singes de Terry Gilliam (1995).
    
    « Ceci est l'histoire d'un homme marqué par une image d’enfance» L’image de son enfance renvoie à la grande jetée d’Orly. Un lieu symbolique que des millions de touristes venaient visiter à l’époque pour voir décoller et atterrir les avions. Une jetée qui se devait donc aussi d’accueillir un visiteur du temps.
    Cette image d’enfance se compose d’un soleil fixe, d’un décor planté au bout de la jetée et d’un visage de femme. On est quelques années avant la troisième guerre mondiale qui va rendre la terre inhabitable.
    
    Tournée après la seconde guerre mondiale, Hiroshima et en pleine guerre froide, c’est une boucle temporelle post-apo (et, Chris Marker oblige, pas apolitique). Le héros est hanté par le passé. Ante. Et nous par le présent glissant de cette troisième guerre mondiale.

    Le garçon, devenu adulte, a été fait prisonnier par des survivants de la catastrophe nucléaire qui a ravagé la terre. Ils sont réfugiés dans des souterrains. Rares survivants. Rats survivants. Il sert de cobaye à ses geôliers. Il existe un trou dans le temps qui sera peut-être le salut de l’humanité. Un trou par lequel ses geôliers espèrent faire passer des médicaments, de la nourriture et des technologies. Ils ont cherché quelqu’un dont la force mentale serait capable de résister à ses sauts temporels. L’homme a été choisi parce qu’il a eu la force de se fixer sur une image du passé. Une capacité de fixation bien servie par le procédé du photo-roman qui renvoie aussi aux albums-photos, moyen intime de voyager dans son passé.
    
    Son souvenir principal, c’est un visage de femme. Comme un butin de paix en temps de guerre. La Jetée. Là, je t’ai.
    C’est le visage d’Hélène Chatelain. Bouche close, bouche temporelle. 
Marker dira qu’un film sans femme lui est toujours aussi incompréhensible qu’un opéra sans musique. Passage obligé que ce visage, que cette bouche du temps, cette bouche temporelle dans un film où les personnages ne parlent pas.
    
    L’homme passe par la brèche faite dans le temps et parvient à retrouver, le trentième jour, la femme dont il a gardé le souvenir. Est-ce toujours le même jour ? Il ne sait plus. Il fait la connaissance de cette femme et ils tombent amoureux.    
    Devant une coupe de séquoia comportant des dates historiques (clin d’œil à Sueurs froides d’Hitchcock), il lui montre d’où il vient. « Je viens de là ». C’est un point hors de l’arbre. « Elle l’écoute sans se moquer. « Elle l’appelle son spectre ».
    
    Les vagues de temps qui lui permettent d’aller dans le passé arrivent à leur terme. Ses geôliers, qui cherchent toujours à sauver leur présent, l’envoient dans le futur. Ce futur est pacifié et généreux : il aide volontiers les humains du passé. Le voyageur dans temps obtient une centrale d’énergie pour relancer la vie humaine. Les hommes du futur proposent alors à l’homme de l’accueillir. Lui veut plutôt retrouver le monde de son enfance et la femme qu’il aime. 
    Il reprend sa boucle temporelle. Hélas, il reconnaît alors, sur la jetée, un de ses geôliers. Il est un prisonnier évadé : il est aussitôt tué.
    
    Dans le prologue, la violence évoquée était celle causée par sa propre mort. Cette violence « dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification ».
    Le point de vue sur la scène a changé entre le début et la fin du film. 
    Il y eut le point de vue de l’enfant dans un chaud dimanche d’avant guerre.    
    A la fin, c’est le point de vue de l’adulte, c’est à dire du visiteur du temps. Cette vision boucle la boucle temporelle et le film : l’enfant assiste donc à sa propre mort. 
    Une violence contre lui-même qui affranchit de sa propre mort. L’homme pourra donc revenir à l’instant de sa mort et boucler la boucle ad vitam. Il pourra aussi retrouver la femme qu’il aime, vertige d’un amour immortel comme dans le Sueurs Froides d’Hitchcock. Je t'ai Vertigo !

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