La fête à Henriette, c'est le 17 juillet

La fête à Henriette, c'est le 17 juillet. Ou le 13. Ou le 14.

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"La chair est triste et j’ai vu tous les films ?"
Jamais de la vie.

La fête à Henriette, c’est un film encensé par le formidable Bertrand Tavernier dans son formidable documentaire sur le cinéma français. Il l’évoque dans la partie consacrée à Duvivier (oui, il n’y a pas que les homards dans la vie, il y a aussi du vivier).

Le film a été réalisé en 1952. Il n’a pas pris une ride. C’est un film en roue libre. Deux scénaristes ont été victimes de la censure. Ils n’ont plus rien. Ni bobine, ni film à suivre pour la retrouver. La preuve, le générique, que ce soit pour le scénario, la réalisation ou la musique, est truffé de points d’interrogation. Faut dire que parler d'un général objecteur de conscience ou d'un archevêque criant "Mort aux vaches", fallait oser et s'y attendre… Ils doivent donc écrire une nouvelle histoire.
Et voilà nos deux compères qui pensent tout haut en une joute scénaristique effrénée. Et c’est du Henri Jeanson, alors ça pétille. Avec son vent de liberté, "Nous n'avons plus qu'une liberté, celle de lutter pour la libération de la liberté."

« - Et si racontions tout simplement une histoire d’amour ?
- Entre deux femmes ?
- Entre deux femmes ?
- Quoi ? Entre deux hommes ?
- Idiot.
- Entre qui et qui alors ?
- Entre un homme et une femme.
- Ah oui, peut-être…Deux provinciaux. On pourrait situer l’action à Montluçon. On n’a jamais vu Montluçon à l’écran. »

Ah Montluçon… Et puis il sera ensuite question d’une grande fille blonde mais suédoise (qui se paie elle-même ses barres chocolatées ?). Plus tard le surgissement d'un aveugle représentant balourdement le destin et tant d'autres inventions finalement abandonnées par les scénaristes. Un procédé qui vivifie, qui rompt le patapon du récit.

Chaque scénariste a son caractère. C’est Démocrite et Héraclite pour le meilleur et pour le pire du récit. Le scénariste optimiste et le scénariste pessimiste font avancer seuls l’histoire, à leur aise, jusqu’à ce que leur alter-ego les reprenne. Leitmotiv réaliste « Qu’est-ce qu’on va faire du cadavre ? » Sans oublier leur collaboratrice qui tape le texte et ne mâche pas ses mots contre l’un ou contre l’autre.
C’est de l’écriture vivante, du work-in-progress (l’expression détestée de Nanni Moretti), la mécanique du Jacques Le Fataliste appliqué sur du vivant cinéma des années 50.
Il y a le débonnaire Louis Seigner. Le séducteur et inquiétant Michel Auclair. L’impeccable Paulette Dubost (réplique à éphémérides «Moi, j’ai connu ton père, le 6 octobre. Le 6 février, il m’épousait. Et le 14 juillet t’étais là. »). Le toujours roublard Julien Carette. Le futur doubleur de génie Michel Roux.

Reste que le spectateur ne comprendra pas bien la réplique « La Sainte Henriette tombe le 14 juillet », alors que calendrièrement parlant c’est le 17 juillet. Tiens, c’est demain !

 

Deux films s'inspirent de l'œuvre de Duvivier :

A l’Attaque de Robert Guediguian, 2000 (vu et apprécié, dans mon souvenir, une fantaisie militante)
Deux têtes folles (Paris, When It Sizzles) de Richard Quine, 1964 (je le cherche activement ; amusant, Tony Curtis y est doublé par Michel Roux, acteur de l'original)

Existance d'un film qui a peut-être inspiré Duvivier :

Une idée à l'eau (ou L'Irrésistible Rebelle) de Marco de Gastyne et Jean-Paul Le Chanois (1942) : "Les difficultés de trois scénaristes à bâtir une comédie d'aventures qui met en scène un jeune premier qui doit conquérir une riche milliardaire sur une ile déserte."

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