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Le mythe de l’antre deux-tours

Les hommes, tous les cinq ans, sortent de leurs habitations pour rejoindre un lieu de vote en forme d’isoloir. C’est souvent dans une école, un gymnase, une mairie. Où qu'ils soient installés, tous les isoloirs se ressemblent. Un petit espace clos par un rideau et un homme seul.

Enfin seul !…enfin,…seul…

Les hommes se rendent dans un isoloir depuis leur majorité. Cela fait partie de la geste démocratique. Parfois, il y a des circonstances exceptionnelles. Des états d'urnegence. Quand il y a, dit-on, danger pour la démocratie, les électeurs se retrouvent enchaînés par les experts, les stratégies, les appareils politiques et un vote utile.

Enchaînés, ne pouvant voir autre chose qui se montre à eux, certains préfèrent même ne pas aller voter.

Quand le péril est dans la demeure, dans la maison du peuple, une lumière est donc accordée à ces prisonniers qui vont voter : elle vient d’un feu qui brûle au loin, derrière eux et au-dessus d’eux.

Entre le feu et les hommes enchaînés (dans leur dos par conséquence) un chemin s’élève. Il se veut rassurant. C’est le moyen de franchir l’obstacle du premier tour.

Des hommes passent, portant toutes sortes de choses visibles : un anti-racisme proclamé, une Europe garante de la paix, une austérité de chef de famille. Sans oublier l'hypothèse Trump.

Certains de ces porteurs se frappent sur le ventre, d’autres élaborent des thèses.

Les prisonniers, eux, sont autant de figures de l’électeur moyen, mais tous victimes de l’antre deux-tours.

Le soir du premier tour, il ne restera que deux candidats.

L’un des deux est annoncé depuis longtemps. Cimetière marine et l'amer toujours recommencé. L’autre, il s’agirait de le choisir stratégiquement en vertu de vertus minimales et surtout de sa capacité à passer le premier tour.

Jamais les prisonniers n’ont déjà vu, soit par leurs propres yeux, soit par les yeux d’autrui, autre chose que les ombres projetées sans cesse par le feu sur la paroi de l’isoloir. Ils sont enchaînés et leur vote est rendu immobile.

Que voient-ils des choses qui sont véhiculées et qui passent derrière eux ? Ils ne voient rien d’autre que les ombres.

Pour les hommes ainsi enchaînés, les ombres des choses sont la vérité même.

C’est le mythe de l’antre deux-tours.

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Qu'aurait pensé Coluche de ces "érections pestilentielles" 2017 ?