Varron : la compil' à la mode antique

Il oublie Macron, un peu, et hallucine, dans le nom présidentiel, le nom de Varron. Varron semble être sorti de la cuisse de Jupiter. Allez, c’est les vacances, il a le temps pour un voyage dans le temps et un chassé-croisé dans les paradoxes temporels.

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Il oublie Macron, un peu, et hallucine, dans le nom présidentiel, le nom de Varron. Varron semble être sorti de la cuisse de Jupiter. Allez, c’est les vacances, il a le temps pour un voyage dans le temps et un chassé-croisé dans les paradoxes temporels.

Varron est un écrivain romain. Le voilà retourné à l’époque de César. Ides et nunc (et même un peu avant l’assassinat de Jules).
Son nom complet était Marcus Terentius Varro, soit, d’après les initiales de ses tria nomina, MTV (comme ne le surnommèrent jamais ses contemporains qui n’avaient pas la télé).

Né en 116 et mort en 27 av. J.-C, Varron est un savant du temps d’avant : sans wikipedia, sans smartphone, la zone encyclopédique, quoi.

Ce littéraire polymorphe, lettré omnivore disposait d'un gros réseau social. Il connut César (qui lui confia l’organisation des bibliothèques publiques avec le rêve d’une nouvelle bibliothèque d’Alexandrie), il côtoya Pompée (avec qui il combattit les pirates) et fréquenta Cicéron (qui voyait en lui le plus érudit des Romains).

C’était un bibliothécaire, inventeur de la compil', du best of, du toutisme, et qui n’oublia pas d’être riche (la nourriture spirituelle a ses limites).

S’il est bon de redouter l’homme d’un seul livre, rien n’empêche de s’enticher de l’homme aux 500 livres (et plus). Des livres, Varron en a écrit des wagons. Doctus cum multis libris. Voilà qui change de l’hybris présidentiel. C’est pas du pouvoir vertical, c’est de la ligne horizontale. Nulla dies sine linea. Pas un jour sans une ligne. S'il avait eu un blog, on n'imagine pas le nombre de billets…599 et plus.

Ses livres abordent une multitude de sujets : histoire, philosophie, grammaire, étymologie, poésie, religion, navigation, météorologie…
Il versa même dans l’écrit corrosif au point que ses Satires Ménippées annonceraient le Canard Enchaîné. Ce rapprochement osé on le doit à Lucien Jerphagnon, philosophe et historien, un des auteurs de chevet d’Edouard Philippe, chef du gouvernement Macron. Mais revenons à notre Varron.

Le problème avec Varron, c'est qu'il est difficile à lire. Non pas qu'il soit cryptique ou archaïque, non le problème vient de la disparition de ses livres. Ils n'ont pas été Farenheités, c'est l'érosion du temps qui a fait son œuvre. Ses bouquins ont fini gris souris, grignotés, fragmentés (et sauvés parfois par la citation ! Ah ! Varron sauvé par là où il a fièrement péché).

De tous les livres de Varron, seul son De re rustica subsiste dans son intégralité. La chose rustique, ça lui plaît bien à lui qui cultive son jardin de lettres. Il y met sa touche particulière. Au clavier, il élague : delete. Il cultive : space. L'esprit de Varron est à saisir. Collecter, archiver, compiler, coller, lui aussi a le goût de garder.

Et puis Varron, au milieu de son vaste savoir, n’oubliait pas d’interroger les mots. Parfois drôlement.
« Nox (nuit) vient de nocere (nuire), parce que, comme le dit Catulus, les vapeurs glacées de la nuit congèleraient tout, si le soleil ne reparaissait.» (De la langue latine)

La nuit nuit. Nox noceton heaven’s door ?! Et si Varron avait annoncé Bob Dylan ?

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