Ego te pschitt !

Depuis le Covid, le professeur a de nouveaux réflexes.

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Depuis le Covid, le professeur a de nouveaux réflexes.

Il se tient à un mètre de ces élèves, mais c’est parfois compliqué : quand les élèves se ruent sur la porte de sortie et qu’il est sur leur chemin, quand ses élèves ne parlent pas assez fort et qu’il doit s’approcher d’eux pour les comprendre.

Il n’ôte pas son masque. Jamais. Sauf pour boire. De l’eau, du café, une boisson, même du thé…tout ce qui l’autorise momentanément à enlever ce tissu qui l’étouffe à la longue. Jamais en présence des élèves. Même à un mètre. Avec la foule qui se presse, il risquerait de renverser son précieux café.

L’autre réflexe qu’il a adopté, c’est de pschitter ses élèves quand ils entrent en classe. Il leur vaporise du gel hydro-alcoolique sur les mains. Lui qui enseigne le latin ne peut s’empêcher d’y voir une sorte d’Ego te absolvo covidesque. Ça lui apprendra à travailler sur Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Allez, le covid vaut bien ce petit mess ! Rien d’absolvo (rien n’est pardonné avec le covid), c’est un Ego te pschitt.

Les élèves arrivent dans la salle et, les mains tendues, attendent la pschittation de début de cours (avant le psittacisme du prof qui répète sept fois pour être sûr que c’est su). Certains n’en ont pas besoin puisqu’ils ont leur propre gel (dont le prof ne vérifie pas les composants pour savoir s’il est vraiment efficace…oui, il se laisse parfois aller à quelque négligence).

Plutôt qu’une scène liturgique en mode Ego te absolvo, le prof voit plutôt une scène champêtre et, dans ces mains tendues, l’agitation d’oisillons mettant la tête hors du nid. Un « J’ai faim ! » transformé en « Gel mains ! ».
Ça lui apprendra à travailler sur Les Conquérants d’Hérédia et sur ces gerfauts qui font rien qu’à sortir de leur charnier natal.

Jusqu’ici tout va bien. Il pschitte chaque heure de cours de chaque jour. Et quand il sera à court ?

Aura-t-il encore du gel à Noël ?

Il se dépêche de pschitter avant que ça dé-gel au fond de sa bouteille plastique.
Hors de question de fuir le pchitt de peur qu’il ne se sauve. Il va l’utiliser jusqu’au bout.

Et après ? Et quand son pschitt sera vide ?
Quand on est au bout du rouleau, il y a un autre rouleau, non ?

A la source : https://dictionerfs.wordpress.com/

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