Mr Ruffin à l'Assemblée (Mr. Ruffin Goes to Hemicycle)

À l’approche des fêtes, il se sent plus capraesque que kafkaïen. Le cinéma l’emporterait-il sur tout le reste qui n’est que littérature ? Allez savoir. En tout cas, pas de méprise. Il n’a pas cessé de voir la misère noire du monde. Il la recouvre pudiquement, momentanément, de la candeur enneigée d’un film de Capra.

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À l’approche des fêtes, il se sent plus capraesque que kafkaïen. Le cinéma l’emporterait-il sur tout le reste qui n’est que littérature ?

Allez savoir.

En tout cas, pas de méprise. Il n’a pas cessé de voir la misère noire du monde. Il la recouvre pudiquement, momentanément, de la candeur enneigée d’un film de Capra (1897-1991).

Il songe. "Que n’ai-je appris à profiter de ce qui est ?" Il se surprend à profiter pleinement d’un ciel bleu et du soleil sur la neige.

Et s’il se levait de bonheur toute la semaine ?

Le voilà à la limite de se faire bouffer par la magie de Noël.

Heureusement, il y a Capra. Le réalisateur qui parle de magie et de réalité.

Pour sortir de la récente boucle médiatique musico-littéraire « Johnny d’O », il a besoin du secours de celui qui offrit sa lumière, ses projos à John Doe, l’homme de la rue. Au milieu des pellicules, pêle-mêle, des films aux héros variés mais à la générosité invariable : La Grande Dame d’un jour, New York-Miami, L’Extravagant Mr Deeds, Vous ne l’emporterez pas avec vous, Monsieur Smith au Sénat, L’homme de la rue, Arsenic et vieilles dentelles, La vie est belle

« Capraesque » est un adjectif qui pourrait prendre une envergure toute française, dépasser le cadre cinématographique et entrer dans le monde politique. Ça le travaille depuis quelques jours. Il pense aux interventions de Mr Ruffin à l’assemblée nationale. Aux discours de ce champion des causes perdues dont les films de Capra nous apprennent que ce sont les seules causes valables.

"Je chanterai la complainte du travailleur, du pauvre gars qui se fait rouler par la vie (…) je prendrai le parti des désespérés, de ceux qui sont maltraités en raison de la couleur de leur peau ou de leurs origines". Ce n’est pas du Ruffin mais du Capra.

Non, le tissu social ne se réduit pas à des chemises arrachées à Ari France, à des tee-shirts qui feraient peur, à des costards non payés, à des cravates absentes de tout complet veston, ou à un maillot de foot qui mériterait sanction pour extravagance.

Non, le tissu social ce n’est pas ça.

C’est bientôt le 25 décembre. Et ça tombe bien !

Quoi ? La neige, bien sûr.

Mais aussi parce que le vingt-cinq décembre est une date capraesque s’il en est. C’est l’occasion de revoir La Vie est belle, un merveilleux film de Noël. Il n’en dira pas plus que ce qu’en a dit Franck Capra :

«C’était un film qui disait à ceux qui avaient perdu le goût de vivre, à ceux qui avaient perdu courage, à ceux qui avaient perdu leurs illusions, au pochard, au drogué, à la prostituée, à ceux qui étaient derrière les barreaux de prisons et à ceux qui étaient derrière des rideaux de fer qu’aucun homme n’est un raté. Il montrait à ceux qui étaient lents de corps et d’esprit, aux sœurs aînées condamnées  à rester vieilles filles, aux fils aînés condamnés à un travail épuisant et sans avenir, qu’une vie humaine est en contact avec un certain nombre d’autres vies humaines. Et que, si elle n’existait pas, elle laisserait un vide terrible.» (Capra dans son autobio Hollywood story (vf), The Name above the Title (vo))

Un film auquel l’auteur de ce blog a emprunté une image et qu’il a été fier il y a quelques années de faire projeter à tous les élèves de 3ème de son collège, le dernier jour avant les vacances de Noël.

Merci Mr Ruffin pour ce moment capraesque. En attendant le prochain.

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