Drapeau de chagrin

Drapeau de chagrin ou le bleu blanc blues.

La question du drapeau à l’école relance l’allégorie de la Caserne. On les imagine vraiment ces élèves scotchés, les yeux rivés sur un drapeau à trois couleurs ou bien réveillés d’un gros coup de symbole sonore ? Le philosophe Platon, s’il avait encore quelque chose à perdre, en perdrait son grec.

Des élèves drapés de probité candide et d’un symbole tricolore ? Allons enfants, allégeance ?

D’autant moins vraisemblable qu’une bonne part de ces mêmes élèves a les yeux rivés sur d’autres couleurs. D’autres feux. Trois couleurs rouge-jaune-vert, les couleurs de leurs compétences. Des couleurs qui font davantage écho à l’Afrique francophone.

Il est prof de français. Justement, lui, sa langue, c’est sa vraie patrie et elle est francophone.

Sans frein, incontinente, sa langue est présente sur les cinq continents. 300 millions de francophones à ce qu’on dit (dont 235 millions qui font du français un usage quotidien).
Le drapeau, ça se décline (c’est son côté prof de latin).

Malgré la mesure tricolorement annoncée – l'esprit embrumé, un peu jet flag – il garde le moral et persiste à en voir de toutes les couleurs. No limit. Il n’aime pas les bas du front qui pense trop frontières, pas assez ponts.

Il pense à ces salles d’anglais qu’il lui arrive de fréquenter. Dans ces espaces pédagogiques à teachers mouillés en fin de journée, le long des murs on peut voir quantité de drapeaux : ceux de l’Angleterre, de l’Australie, du Canada, des États-Unis, de la Nouvelle-Zélande…

Les murs ont des angles et des oreilles anglophones.

Lui, dans sa salle de français, il imagine déjà, non pas un drapeau français tout isolé mais un drapeau français rejoint, gonflé de fierté, associé à celui de (dans l’ordre d’importance du contingent de leurs francophones) la République du Congo, de l’Algérie, du Maroc, de l’Allemagne, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Italie, du Cameroun, de la Belgique, de la Côte d’Ivoire, du Québec, de la Tunisie, de la Suisse. Sans oublier ces petits pays majoritairement francophones que sont le Luxembourg ou le Gabon, par exemple. Voir http://observatoire.francophonie.org/qui-parle-francais-dans-le-monde/

Bien sûr, cela fait beaucoup de drapeaux. Mais cela pourrait être l’occasion d’agrandir les salles, tiens.

Source : https://dictionerfs.wordpress.com/

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