Le confinement et la solitude des champs de cocon.

Il y eut cocooning. Il y a désormais coconfiné.

Il a connu le cocooning. La patatisation de canapé et l’home sweet home transformé en douillette conforteresse.
Sortir peu ou pas, c’est avoir un comportement casanier ? Non, c’est du cocooning.

Depuis il a découvert le mot « coconfiné(e) »

Y a qu'à cocon.

Il découvre que sa moitié, sa dulcinée n’est rien d’autre qu’une coconfinée. Pareil pour ses enfants : des coconfinés, fille et fils de confinés.

À ce Don Quichotte pourfendeur de chauves-souris, il reste des châteaux en Espagne et sa dulcinée coconfinée.
Et puis une bande de jeunes coconfinés avec qui se fendre la gueule.

Coconfiné.

Comment le mot vient à l’esprit des gens ?

C’est un mot plutôt drôle aux sonorités sucrées, bonbonesques. Un mot d’enfant. Pourtant, il ne faut jamais oublier que tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom. Cyanure, vérole, amanite. Et puis si l'on y fait attention le mot commence comme covid. La première syllabe rappelle paradoxalement la distanciation sociale. C'est ce préfixe co- qui sent le latin (sens le latin, sens le latin ! la messe de Saint-Nicolas-du-Chardonnet nous emmerde) et qui signifie 'avec' ou tous sur le même radeau (de la Méduse et sous le soleil exactement). Dans ce huis-clos coconfiné, l'enfer et la distanciation sociale, c'est les autres.

Alors qu'on le coconfine, il aimerait bien être sûr qu'on enchloroquiquine notre cocovid (ou quoi que ce soit qui marche).

Dans confiné, il aperçoit - un comble ! - le mot confins. Il pense à ces étendues lointaines, inexplorées, à perte de vue qui se nichent dans le recoin d’une plinthe, derrière le pied du fauteuil ou sous le verre à brosse à dents. Il découvre des troupeaux de moutons quasi irlandais, ceux-là mêmes qu'un ménage mal fait auraient autrefois contribué à le faire enguirlander. Ce voyage autour de sa maison lui confère des responsabilités d’un Christophe Cocon qui se soucierait de ne pas rendre malades les indigènes que sont ses voisins ou ses camarades de courses.

Avoir la crise dans l’idée fait filer la métaphore et engendrer cette chrysalide et ses coconfinés.

Pour l'instant, les villes sont pleines de centres-vides.
C’est la solitude des champs de cocon. On y dénombre soi-même et ses coconfinés.

Tout a un terme. C’est la nature qui veut ça.
Avec le déconfinement, ce sont les magasins qui ouvrent et la chenille qui redémarre !
Minute papillon !
Le 11, mais…

La fin de la promiscuité (et la cuite promise) doit être soumise à modération (top ! top ! là, pas plus haut que son verre à soi).

 

 

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