Immortelle colère de Piccoli

Lorsqu’il pique des colères, Piccoli crève l’écran.

Les dieux grecs ont un rire inextinguible. Michel Piccoli a une immortelle colère.

Lorsqu’il pique des colères, Piccoli crève l’écran. C’est un cactus tueur parfaitement capable de se priver de désert et de quitter la table avec éclat. Le dimanche et vos gigots à la con, hein ! Entre colère picolesque et guerre picrocholine. Un homme libre, pas un prisonnier. 

Si le nez de Pinocchio s’allonge quand il ment, Piccoli c’est sa tronche : 6 pieds de long, quand il monte dans les tours (et même plus haut) ! Voix grave, paroles définitives, visage empourpré. Hausseur de sourcils fournis et colère noire épaisse. Du métal hurlant. Piccoli de son état.

Une filmographie comme une sismographie.

Piccoli est un chef de famille du cinéma (M. Simon Cinéma pour Agnès Varda) et un patriarche tonitruant.

Patriarche et contrefaiseur éblouissant de patrons cyclothymiques, libéraux et cyniques.

Ses éclats, il les fant’astique énergiquement. C’est sa touch’, son prestige, son piccolisme. Le Père Michel ne perd jamais son chat dans sa gorge. Il serait plutôt du genre à le poursuive avec un balai, non mais oh ! Piccoli, comme un grain de folie.

Sautet. Sursauter. Chez Sautet, acteur fétiche. À l’occasion, acteur chez Hitch. Un homme aux humanités classiques qui sait faire des versions latines et faire rire chez Moretti ou Ferreri.

Il ne fait pas son métier à moitié. M le Movie. Cours Simon et gueule Michel. Quand son personnage l’exige, il n’a rien d’un mi-raisin de la colère. Il joue à temps plein et mérite ce tremplin qui en a fait une de ces stars qui font des toiles.

Contrairement à ce que pensent ceux qu’a choqués La Grande Bouffe, Il n’est jamais vulgaire. A ces spectateurs bêtes, il n’offre qu’un Mépris (primé). Puis il leur dit d’aller se faire jeanluquer.

Avec Piccoli, il y a toujours de quoi manger (il a la dent dure) juste après avoir Bu'nuel.

Sur une île déserte Piccolesque, il emporterait :

Vincent, François, Paul et les autres de Sautet, Le Sucre de Jacques Ruffio et Que les gros salaires lèvent le doigt ! de Denys Granier-Deferre

Films à qui je vais redonner une chance : Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre et Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio.

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