Un enseignant n’a pas la vocation d’être un martyr

Cette sale histoire ne relève pas de la salle d’histoire. Elle relève de notre citoyenneté, de notre humanité et puis du sordide.

Cette sale histoire ne relève pas de la salle d’histoire. Elle relève de notre citoyenneté, de notre humanité et puis du sordide.
On sait que ça peut arriver. On sait que ça arrive.
Cette histoire ne doit plus sidérer. On est en 2020.


Depuis l’antiquité grecque, la Muse Clio et sa mère Mnemosyne en appellent à notre mémoire et à notre réflexion. Désormais, nous savons regarder la vérité en face et la tête de Méduse ne peut plus nous pétrifier.

Depuis des années la vocation de professeur n’a cessé de reculer. Et ce n’est pas à la vocation de martyr de s’y substituer.

Être enseignant c’est faire un métier avec ses exigences, ses ambitions et ses limites.
Dans des circonstances ordinaires, les enseignants aspirent à ne pas être frappés de mépris social ; dans des circonstances exceptionnelles, ils aspirent à être protégés.

Protégés ?

Justement, ce que chaque professeur avait déjà expérimenté pour lui ou pour des proches quand il s’agissait de faits veniels (insultes, calomnies…) se vérifie maintenant pour des faits gravissimes : la vie d’un enseignant n’est pas protégée.
La menace de mort n’est pas prise au sérieux.

Alors que, par temps de covid, un enseignant répète au quotidien à ses élèves l’importance des gestes barrières, la protection de la vie humaine de ce même enseignant n’est pas garantie. Les risques du métier se multiplient. Et on s’étonnera que les vocations diminuent ?
Un enseignant n’a pas la vocation d’être un martyr. Il n’a pas à témoigner au prix de sa vie, il n’a pas à se sacrifier.

Le manque de moyens, le problème des vocations, les difficultés des élèves font rage depuis si longtemps. Que le souvenir d’un homme serve à alimenter un discours creux et officiel, oui, cela sidère, pétrifie.

De même qu’ « étaient Charlie » des gens qui ne lisaient pas Charlie-Hebdo, vont « être profs » ceux-là mêmes qui les raillent à coups de « toujours en vacances », de « toujours en grève ».
On pourrait s’en satisfaire si on n’avait pas la certitude que dans quelques mois ce même discours méprisant reprendra. C’est un futur simple.

Ce discours délétère reprendra. Sur les plateaux télé, dans les médias, dans les familles.
Et on voudrait faire croire, en ce mois d’octobre 2020, que l’enseignant méprisé toute l’année, qu’on laisse bricoler dans son collège est un héros ? On passerait, comme par enchantement, de profs français les plus méprisés du monde à héros de la République ?
Quand on est prof en collège et en colère, on n’oublie pas les petites phrases, le mépris régulier et social.
On ne fait pas parler les morts.
Une vie, ça se protège et ça se sauve.

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