Félix Fénéon et son droit à la paresse

Félix Fénéon (1861-1944) était un journaliste, éditeur et critique d’art. Il s’offrit dans les colonnes du journal Le Matin un droit à la paresse (un autre) dont on parle encore.

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Félix Fénéon (1861-1944) était un journaliste, éditeur et critique d’art.
Il s’offrit dans les colonnes du journal Le Matin un droit à la paresse (un autre) dont on parle encore.

A partir de faits divers réels il écrivait des nouvelles en 3 lignes. Comme un droit à la paresse dans la presse. L’acuité d’un Félix apte à une sorte de maxime journalistique. Croisé des 3 lignes, ses 3 -é nous saluent bien : fÉlix fÉnÉon. Ces trois lignes étaient un cheval de Troie pour un regard accentué, augmenté, émacié. Il y a du Virgile dans ce Félix qui potuit rerum cognoscere causas (Heureux qui a pu pénétrer la raison des choses).

«A Oyonnax, Mlle Cottet, 18 ans, a vitriolé M.Besnard, 25 ans. L’amour, naturellement. »

Pas un jour sans 3 lignes, un gentil Fénéon Tease qu’au moins 3 maisons d’éditions ont fait paraître depuis en volumes : Mercure de France, Fata Morgana, Cent Pages. Comme on fait ses 3 lignes on accouche d’une prose dense.

« Dans une bagarre, à Grenoble, trois manifestants ont été arrêtés par la troupe qui, d’ailleurs, fut huée. »

Fénéon avait des amis anars. De quoi rendre maître en bombes littéraires. On l’accusa d’ailleurs d’en avoir posé une. Mallarmé, délaissant son sonnet en X pour Félix, prit sa défense dans ce procès pour bombe H ou A.

Depuis, l’anarcho-coco est devenu une référence. A tel point qu’un prix portant son nom récompense désormais « un jeune écrivain et un jeune peintre ou sculpteur âgés de 35 ans au plus et dans une situation modeste ».

C’est drôle, un prix du nom d’un anarchiste qu’on accusa, en 1894, d’avoir jeté une bombe dans un restaurant (où s’annoncent parfois des prix littéraires). La dynamite de M. Nobel, n’est pas loin.

« Mourir à la Jeanne d’Arc ! » disait Terbaud, du haut d’un bûcher fait de ses meubles. Les pompiers de Saint-Ouen l’en empêchèrent. »

Jean Paulhan, qui connut l’homme, vieux, braqua ses feux sur F.F, artiste hors norme : F. F. ou le Critique, éditions Claire Paulhan, 1998.

« C’est au cochonnet que l’apoplexie a terrassé M. André, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu’il n’était déjà plus. »

Source : https://lirepeuouproust.wordpress.com/2018/11/18/felix-feneon-et-son-droit-a-la-paresse/#more-772

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