Pour que le 5 ne soit pas un vain-5 décembre

Je souhaiterais une toute petite chose. Je voudrais que ce 5 décembre ne soit pas un vain-5 décembre.

"Cher Père Noël,

Le 5 décembre est un jour de grève. Interprofessionnelle même. La presse en parle déjà. C’est dire. Une ampleur annoncée qui met déjà des autorités en pleurs.
C’est à propos d’un truc qui va sans doute t’échapper : la réforme des retraites. La retraite, oui. Ce moment où le commun des mortels arrête de travailler, parce qu’il n’a plus l’âge de passer par la cheminée (il a du ventre, de l’arthrite ou se sait trop vieux pour ces conneries) et choisit d’investir dans de très bons kits de ramonage.

Le mortel est commun, seul homme. Il n’est pas une machine, il a un corps qui s’use.
Je sais bien que dans ton atelier il n’y a pas de Lutin final et que le groupons-nous n’est pas pour demain, mais, sache que dans le métier d’enseignant, passé un certain âge, ça tombe comme à grave l’hotte. La densité ne relève plus de la consistance du métier mais de l’épaisseur des problèmes (le bruit, les copies, l’agitation, la dégradation et ces fameux avoirs gelés qui n’ont rien d’une bonne partie de boules de neige qui s'éternise).

Le 5 décembre, je sais que ce ne sera pas encore le 25 décembre.

Je suis dans mes petits souliers, parce que je ne te demande jamais rien, mais là j’ai un souhait.

Je souhaiterais une toute petite chose. Je voudrais que ce 5 décembre ne soit pas un vain 5 décembre.

C’est sans vouloir te commander (n’importe quoi sur Amazon) que j’ose t’écrire. S’il pouvait de décembre ne pas rester que des cendres, ce serait bien. La chaleur humaine, des cœurs embrasés, c’est chouette. Et à la fin on gagne du temps, du personnel, une qualité de métier, bref y’a du soleil, ça brille.
Qui trop embrase, mal étreint, disent les cheminots. Un mal étreint peut en cacher un autre, ajoutent des urgentistes.
Ça serre les rangs, parce que ça redoute d’avoir à serrer trop fort la ceinture. Des cheminots, des enseignants, des soignants. Et même des ensoignants.
Toi qui peux tout, tu pourrais pas nous faire un petit quelque chose ? Là tout de suite, sans heurts. Histoire que ça se passe bien. Un petit coup de pouce, comme un Like à ce mouvement. On me dit naïf de croire encore à la pèrenoëbilité du métier et qu’un jour j’irai à Nanortalik avec toi, toutes les nuits déconner. A toi de jouer, de leur montrer.
[Je n’oublie personne. Le fonctionerfs que je suis, croit aussi au Nerfs Poël. Oui, que cela soit dit et dys. Oui, dans notre école de Luge Ferry, il n’est pas rare de croiser Madame Sans-Neige.]

Allez, Petit papa Noël, quand tu descendras dans la rue, avec des manifestants par millions, n'oublie pas nos petits souhaits.

P.S : D’ici Noël, je reverrai It’s a wonderful life (1946) de Franck Capra. Je te le conseille. Un film qu’il avait réalisé pour "ceux qui avaient perdu le goût de vivre, à ceux qui avaient perdu courage, à ceux qui avaient perdu leurs illusions, au pochard, au drogué, à la prostituée, à ceux qui étaient derrière les barreaux de prison ou des rideaux de fer. Un film pour leur dire qu’aucun homme n’est un raté."

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