Le mélancolique anonyme

La mélancolie est partout. La mélancolie, c’est les autres.

Un jour de pluie ou de gris, il s’aperçoit que que c'est dans l'air du temps, que tout le monde en parle. Pour dire qu'il est mélancolique ou qu'il ne l'est pas.

Pendant que la bienveillance joue le rôle du Bien, la mélancolie joue le rôle du Mal.

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Avec toute cette pluie, il pâtit d’une mélancolie de boue. Il Patti Smith aussi, « une fascination pour la mélancolie, que je retourne dans ma main comme s’il s’agissait d’une petite planète, striée de bandes d’ombre, d’un bleu impossible ».

Le bienveillant voit le verre à moitié plein ; le mélancolique voit le verre complètement vide. Une vide chien. Son pare-soleil est en canis. Pas le top pour se protéger de la merde du monde. C’est pour ça qu’on le traite de brise-vue, d’extincteur de projets, de gros volet sur la fenêtre de l’avenir.

Et le mélancolique anonyme ? Il n’a rien à voir avec ce triste tropisme. Hélas. Ce terme, mélancolique, est un code d’accès à son mécontentement. Un mot de peste. Il demande à ce qu'on retienne les griffes de cette pathologie. Il est traité de Ventre mou, de morbide, de regretteur d’hier, de laudator temporis acti.

C’est son goût pour le latin, les vieux films, les vieux livres qui en est la cause. "C’est mieux vieux" lui donne-t-on comme devise. Il subit des pressions. On le traite de mélancolique. Il spleen mais ne rompt pas. L’expérience lui prouve que le vieux ‘fut’ a fait de belles histoires. Il brandit le passé simple contre une vision du passé simpliste, une vision qui va toujours de l'avant jusqu'à la catastrophe.

S’alarmer d’un retour en arrière, d’un retour au XIXème siècle, ne serait que le fait de mélancolique, mal dans leurs chaussettes du siècle.

Où vont tous ces manifestants dont pas un seul ne rit à la perspective de croissance et de bénéfices pour les actionnaires ?

Les chimères qu’on lui reproche de poursuivre ont un goût de Mi-chèvre. Il préfère s’amuser, il ne veut pas engendrer la mélancolie.

S'il n'a rien d'un Nerval, il lui arrive de s'énerver. "Mais qu’est-ce que c'est que ces salades ? Je ne suis pas malade." Avec ses "Bouh ! Quelle misère !", on en fait un bouc-émissaire. Les capitalistes, Les Billes en tête des Billets en poche, ont le bilieux en tête. Les avides détestent les à vide…sauf s’ils consomment pour oublier.

Même si de vrais mélancoliques déversent des pessimiasmes dans les medias, lui se sent mélancolique anonyme, un mélancolique sans le savoir. Jourdain a encore frappé. Le Maître de Mélancolie l’a dit.

Heureusement qu'il a découvert, il y a quelques années, un sirop désopilatif (https://blogs.mediapart.fr/lepistolero/blog/130416/le-sirop-desopilatif). Il s’en reprend une cuillerée. Une cuill-hier-ée, ne peut-il s’empêcher d’ajouter. Ça y est, ça fait de l’effet.

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