On nous Paul-Loup-Sulitzer moins pour nous Alainsouchoniser plus ?

Sommes-nous Alainsouchonisés ? Pauvre petite foule sentimentale que nous sommes. On nous Paul-Loup-Sulitzer moins pour nous Alainsouchoniser plus ?

Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann, éd. Fosse aux ours Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann, éd. Fosse aux ours
Sommes-nous Alainsouchonisés ?

Pauvre petite foule sentimentale que nous sommes. On nous Paul-Loup-Sulitzer moins pour nous Alainsouchoniser plus ?

Le néologisme fait tiquer. L’expression est employée par le personnage d’un roman français. Si la formule est à prendre avec des pincettes, utilisée qu’elle est par un personnage plutôt détestable, elle lui est apparue injuste. À en taper du poing sur la ligne.

En effet, il est de bon ton de dire que Souchon, c’est du flan, du faux, de la fake-protest-song, juste bon à taper la bise à Carla Bruni. Un chanteur pour allo-maman-bobos, qui plaque de la musique sur des bourgeois poèmes. De la Guitare-sirop !

Bien sûr, il y a des apparences lisses, trompeuses chez Souchon. Aller sur google image n'est pas le meilleur moyen d'entrevoir le chanteur contestataire. Sa voix non plus : ni celle de Brel, ni celle de Frehel, mais frêle. Pourtant, le frêle ment. Il y a de la puissance dans ces textes. Sous des apparences lisses, le chanteur joue à Cache-Clash. Son œuvre entière semble atteinte du syndrome Dr Chanson et Mrs Hyde. Entière et damnation. (https://blogs.mediapart.fr/lepistolero/blog/270217/dr-chanson-mrs-hyde)

Alain Souchon est un chanteur populaire. Tant mieux. Mais ce n’est pas qu’un Woody Alain, c’est aussi un protext singer. C’est un rebelle sans pose. Il n’allume pas des mèches en rebelle - méchant rebelle ! Comme ce pompier qu’il fut dans l’Été meurtrier de Jean Becker, il connaît le feu mais il le couve (parfois trop, au point de faire un décevant retropédalage sur sa chanson consacrée à Arlette Laguiller).

Doux amer, sors de ce corps ! La démonstration ne peut se faire qu’à coup de citations. La démo a besoin des mots. Ce préjugé ne peut se dégonfler qu’en s’en tenant les quotes.

Quelques extraits de titres qui piquent.

- Il flirte avec les limites que lui offre un physique, sa voix, ce bon Dieu qu’on lui donne sans confession. L’auto-dérision filtre clairement (Le dégoût, « Une image, il est devenu, messieurs, dames/Mais les images, c'est connu, n'ont pas d’âme » ; J’veux du cuir, «Mais si j'dis ça, je casse mon image », J’suis bidon, « J'suis mal dans ma peau en chanteur très beau/And I just go with my pince a vélo/ J’suis bidon, j'suis bidon », Tout me fait peur, « Je veux pas rester, faire carrière/Dans le matériel, dans le pépère. », Jamais content, « Elle dit que je pleure tout le temps,/Que je suis carrément méchant, jamais content,/Carrément méchant, jamais content. »),

- Au monde qu’il voit, il n’offre peut-être pas une bande originale mais un bof ! bien senti (Tu vois pas qu’on s’aime pas, «Retourne dans ta piaule/Même si tu miaules,/Le monde s'en fout », C’est déjà ça, « Pour vouloir la belle musique,/ Soudan, mon Soudan, /Pour un air démocratique,/On te casse les dents », Poulailler’s song « Dans les poulaillers d’acajou,/Les belles basses-cours à bijoux,/On entend la conversation/De la volaille qui fait l’opinion. », Rame « Là-haut,/On te mène en bateau/Tu ne pourras jamais tout quitter, t'en aller/Tais-toi et rame. »,  Le bagad de Lann Bihouë « Tu la voyais pas comme ça ta vie/Pas d´attaché-case quand t´étais p´tit », Vous êtes lents « Vous êtes, lents, lents, lents/Dans vos vieilles godasses/Il serait, temps, temps, temps/ Que l'Europe se fasse », Et si en plus y a personne « Tant d’angélus/Ding/Qui résonne/Et si en plus/Ding/Y’a personne ».

Alors « Sans opinion, chanteur » ? / (C’est comme vous voulez)
Non.
Pour finir, plus que des citations, deux chansons parmi d'autres qui illustrent bien l’air profond des chansons de Souchon : La chanson parfaite (Liberté, Egalité, Fraternité) et Foule sentimentale - insistons - un tube ni long, ni creux.

Et c'est pas une intervention malheureuse et sans doute sincère sur la politique actuelle qui le fera changer d'avis. Enfin, faut pas trop qu'Alain insiste avec ce genre de câlins. Lui, il aura toujours les Cowboys Fringants pour se consoler.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.