« Moi, je » n’est pas un autre

« Moi, je » est un jeu dangereux. « Moi, je » n’est pas un autre. C’est l’insistance d’une pensée. Du redondant. Une pensée ronflante. For intérieur et forceps.

818lzrow-ol
« Moi, je » est un jeu dangereux. « Moi, je » n’est pas un autre. C’est l’insistance d’une pensée. Du redondant. Une pensée ronflante. For intérieur et forceps.

Je et sa mêmeté. L'idée est courte dans cet idem.

C'est un Je qui écarte les coudes, qui parle plus fort. Un moi qui ne laisse pas la moitié de sa place.

Terrain glissant.

Moi, je dis
Moi, je trouve
Moi, je pense
Il y a plus d’émoi dans le « moi, je » que de réflexion.

À l'évidence le « moi, je » existe in petto. Une certaine élégance de pensée devrait intimer au « moi, je » de faire moins de gestes, de prendre moins de place.

Moi + je. Ce duo a l’apparence trompeur d’un nous. Un nous de majesté, un peu lèse-citoyen.

Hugo écrivait «  Vous êtes les lions, moi je suis Dieu. » ("Quelqu’un met le holà" dans La Légende des Siècles)

C’était Hugo.
Ego, Hugo.
Moi, je.
De ces figures voie-lactextes à têter les étoiles.
Pour un Hugo, tant d’égos bavards. De même, il y a des Gerald plus drôles que d'autres.

L’Académie française nous avertit que, derrière Moi, je", se bousculent au portillon : « Toi, tu », « Lui, il » et surtout « Nous, on ».
L’anglais lui s’amuse d’un Me, Myself and I.
Du self I, du selfie lexical.

Un Je par personne et chacun à sa place. « J’ai passé un accord avec les mouches. Elles ne s’occupent pas de faire des affaires. Moi, je ne marche pas au plafond. » (Groucho Marx)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.