L'organisation, un roman délicieusement Ghostoïevskien

L’Organisation est un roman écrit par Maria Galina et présenté comme un ghostbuster. Mais un ghostbuster qui détonne : il est soviétique. Sans rire ?

9782264071729
L’Organisation est un roman écrit par Maria Galina et présenté comme un ghostbuster. Mais un ghostbuster qui détonne : il est soviétique. Sans rire ?

Il y a de ça. Mais du blockbuster ghostbusterien au bookbuster, il y a plus d’un pas.

Le livre est d’abord sorti aux jeunes éditions Agullo. Discrètement. C’est sa reparution récente, en 10/18, qui lui offre un public plus large. La couverture réussie attire notamment l’œil.

C’est une histoire de fantômes, de démons, pleine d’esprit.

Le sous-titre du livre est : « saga triste et fantastique de l’époque de la stagnation » On chasse les démons et c’est pas triste. In fine, un labo acharné triomphe de tout, c’est ce que vous affirmera n’importe quel sorcier des carpathes missionné sur la terre soviétique.

Avec L’Organisation on est en plein roman russe, ghostoievskien, par des personnages à l'identité triplement empanachée (prénom, patronyme, nom de famille), par quelques réalias, objets d’époque, tels que la papirosa de Vassili et la yatran de Rosa, machine à écrire électrique, ou par les multiples idées de lecture d’œuvres russes prodiguées par les personnages entre eux (et soigneusement explicités par les notes de la traductrice). Le livre dans le livre n'est d'ailleurs pas que russe. Ici, c'est un gardien qui lit Montaigne, là, une héroïne à qui on confie la traduction d'un Lévi-Strauss.

Il y a plus évidemment : dans un paysage politique déterminé, c'est l'irruption d'un irrationnel pris au sérieux de la bureaucratie. Il est question, ici ou là, de boyards, de Lénine, de Staline, de Gorbatchev et de l’organisation des JO de 80 qui met les autorités en émoi. Plus vite, plus haut, certes mais moins fort avec les démons. Chut !

Le laboratoire SSE/2 est clandestin, c’est de l’opaque agencé près du port, lieu conglutineux par excellence, dans lequel la vigilance est de mise pour surveiller qui sort du bateau. Outre une fine allusion au Horla de Maupassant, le lecteur peut y voir une discrète métaphore de l’immigration dynamitant la peur de l’autre dans un folklore fantastique décapant. Après tout, « Abolir les frontières » est un credo de la maison d’édition.

Attention, le démon est un sujet sérieux. Il s’étudie. Il est donc aussi question de biologie, domaine dans lequel l’auteur est diplômé et qu’elle a abandonné en 1995 pour devenir écrivain. Le roman est une petite encyclopédie de l’Internationale des démons, qui se feuillette au fil de l’histoire et que les notes de la traductrice prennent la peine de développer.

La première moitié du livre met en place les éléments du récit. Le fonctionnement bureaucratique du laboratoire, l’incompréhension de l’héroïne. La deuxième moitié lâche les démons.

Un livre dont la lecture est fluide, sans doute grâce aux leçons prises par l'auteur auprès du Maître en Pageturner, Mr Stephen King, qu’elle a côtoyé de près par le biais des traductions du maître qu'elle a faites en russe.

La maison d'édition, Agullo, est à suivre. Elle emporte l’adhésion par l’éloge qu'elle fait de ses traducteurs sur son site. La maison a la belle initiative de ne publier que des traductions. Cette traduction-là est l’œuvre de Raphaëlle Pache.

L’éditeur soigne aussi ses bandeaux. « Les bandeaux d’Aguilo ont été conçus comme une porte ouverte sur l’univers du livre […] : une carte […] une présentation de l’auteur et quelques détails supplémentaires nourrissent l’histoire : comptines, spécialités locales, poèmes, etc. »

L'organisation de Maria Galina, traductrice Raphaëlle Pache, éd. Agullo, février 2017

L'organisation de Maria Galina, traductrice Raphaëlle Pache, éd. 10/18, février 2018

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