Les mots en disent trop, les mots en bistrot

Au café du commerce, les mots en disent trop, les mots en Bistrot. Ça dérape, ça déborde, sad est le word. Mots tristes et bouche non cousue. C’est l’expression d’un Roger massif.

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Au café du commerce, les mots en disent trop, les mots en Bistrot. Ça dérape, ça déborde, sad est le word. Mots tristes et bouche non cousue.
C’est l’expression d’un Roger massif.

L’expression d’un Roger fait rire jaune, de la couleur du Ricard. Ses mots s’entrechoquent comme des glaçons au fond d’un verre toujours recommencé et ça lexique, Roger, à en devenir écarlate. Il ne surveille pas sa ligne : sous ses mots bavés, pas de plage.

Les mots en Bistrot.
Ça répète, ça hoquète. Ce que c’est que la frustration. Du motus qui fait mouche cousue quand la nausée abonde.
Bis.
Trop.

L’en-tient-une-bonne est un chien : un Roger mastiff. Il aboie, aboie, aboie et il n’est plus des nôtres, il en semble ailleurs. L’ivre ouvert ne sait plus la fermer. Il se pourlèche du dernier pour la route.

Quand il a bien bu et qu’il sent en confiance, soudain c’est le Roger monumental. Le Roger en bloc. Incontournable, un peu gamin, un peu Gabin. Il se sent imbibé, habité, Traversée. "Jambier, 45 rue Poliveau…" Il éructe. Il devient rouge. Il gesticule. Roger carmin. Il traverserait Paris pour l'apéro du périphérique. Un peu zinc-zinc, quoi.

L’expression d’un Roger violent fait que les mots fusent. C’est le Roger explicite. Explicite lyrique, qu'il est Roger. C’est là qu’on s’inquiète de voir un monde où le Roger se généralise. "JE SUIS ROGER" ? Effrayant.

Et quand tout le monde s’en va (après lui avoir dit fermement «Roger, ça suffit là !»), il devient, esseulé, le Roger des autres partis. Tout saoul. Le silence peut alors lui donner une (toute) petite chance de devenir un Roger profond.

Il arrive que Roger soit invité par Marianne. Même si elle fait tout pour le comprendre, il lui fait de la peine. Bien sûr, c’est son boulot à elle de le laisser s’exprimer, mais il est clair que c’est un peu son boulet, Roger. Elle a l’espoir secret qu’il devienne un Roger-bontemps. Un espoir pour la soif : de quoi attirer Roger.

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