A lire un 22 septembre

Chapô à Brassens

« Un 22 septembre au diable vous partîtes
Et, depuis, chaque année, à la date susdite
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous ;
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre
Plus une seule larme à me mettre aux paupières
Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous

On ne reverra plus au temps des feuilles mortes
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles
Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous

Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d’ailes
Je montais jusqu’au ciel pour suivre l’hirondelle
Et me rompais les os en souvenir de vous
Le complexe d’Icare à présent m’abandonne
L’hirondelle en partant ne fera plus l’automne
Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous

Pieusement noué d’un bout de vos dentelles
J’avais, sur ma fenêtre, un bouquet d’immortelles
Que j’arrosais de pleurs en souvenir de vous
Je m’en vais les offrir au premier mort qui passe
Les regrets éternels à présent me dépassent
Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous

Désormais, le petit bout de cœur qui me reste
Ne traversera plus l’équinoxe funeste
En battant la breloque en souvenir de vous
Il a craché sa flamme et ses cendres s’éteignent
À peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes :
Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous

Et c’est triste de n’être plus triste sans vous »

« Un vingt-deux septembre » in Les copains d’abord de Georges Brassens (1964)

 

Source : Lire peu ou Proust (et ses éphémérides littéraires)

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