Y a qu'à faux-corses

Plaque d'immatriculation : la réglementation précise que le choix de cet identifiant territorial est libre et peut ne pas avoir de lien avec le domicile du titulaire du certificat d’immatriculation.

arton5621
Plaque d'immatriculation : la réglementation précise que le choix de cet identifiant territorial est libre et peut ne pas avoir de lien avec le domicile du titulaire du certificat d’immatriculation.

Domicile, là ? Le vieux piano de la plaque ne joue qu'en sol en solitude.

On joue cavalier seul. Des automobilistes profitent de la liberté offerte par le système et se prennent pour des Corses. L’immatriculation est libre depuis 2009. On entre, on sort. C'est une sorte de Crazy Corse Saloon. On porte la tête de Maure comme, jadis, les pirates battaient pavillon. L’automobiliste joue au corsaire et le continent a des airs d’île aux traits corses. Au débotté, aujourd'hui, n’importe qui peut être résident de l’île…de beauté.

C’est à nous de faire gaffe au matricule. Sur un parking, être à côté de la plaque peut coûter cher. Faire attention à ne pas érafler la carrosserie avec mon caddie. Pour déjouer les problèmes de circulation, le conducteur automobile fait du Visons Futé. Il s'établit en Corse. Pour rire et pour la mauvaise réputation que les natifs de l'île véhiculent. C’est du vivant corse plaqué sur une mécanique. Il y a des îlots corses qui traversent les villes du continent. Et les clichés se font flasher.

Cette immatriculation fait oublier l’absence de particule, de noblesse corse, de matricules napoléoniens. On sait désormais que la voiture qui nous précède est celle d’un ci-devant corse. Attention : bébé corse à bord. A quoi ça sert à son conducteur ? À avoir la paix, à échapper au klaxon, à en imposer. Oui, dans le doute (vrai corse, faux corse ?), le citoyen du continent s’abstient. Pour se garer, tremblant comme une feuille, il ne va pas faire son créneau entre l’arbre et les corses. Il a le créneau prudent, se méfie de la carrosserie et de la rosserie corses. Arrière toute ! Dégage ! comme un gage de sûreté.

Depuis qu’il a vécu la perte du triple A, l’hexagonal a besoin de se rassurer : un 2A (éventuellement 2B) fait l’affaire. Ainsi, il retrouve un peu de son orgueil. Le conducteur d’automobile joue son Grand Corse Malade et intimide ses voisins.

Le hic est corse. C'est que, désormais et depuis plusieurs années, ce préjugé s’immatricule. Non, l’image du corse n’a rien d’accorte. Mais le choix de tous ces conducteurs, voleurs d’images, ces « Y a qu’à faux-corse », va sans doute empirer les choses.

Qui osera klaxonner un Parisien déguisé en Corse et faire le pari que sous les corses se cachent des parigots et sous les têtes de maure d’ordinaires têtes de veau ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.