Tout est dans le sous-entendu

Read my ellipse…Mots muets.

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Read my ellipse…Mots muets.

Tout est dans le sous-entendu, jusqu’au cou, jusqu’à l’ivresse, jusqu’au saoul-entendu. De la prose qu'on boit. Ce n’est pas à voir ! à voir ! à voir ! qu’il nous faut, c’est à suggérer.

L’elliptique est un haut-mal qui fait, avec du rien, quelque chose. Haut-mal parce qu’il peut souffrir de mal dit, de fracture de phrases, de syntaxe qui se désaxe. Les symptômes sont simples : points de suspension, point-virgule, point faussement final. C’est le contraire du poing sur la table. Cela n’assène pas, cela susurre, cela suggère. Ce sous-là l’emporte sur le sûr, le concret, le sonnant. Le poing sur la table le cède au point sous la table de l'écrivain. Un dessous de table gratuit, qui affranchit, qui rompt avec l’évidence du franc, du clair, de l'engin de chantier, Attention Travaux de la pensée.

Le symptôme peut être aussi une langue blanche : une page, une ligne, un espace.

Savez-vous qu'il existe une hantise de la page noire ? La peur de trop en dire. Les mots s'alignent et ça salit la ligne, ça la rend lourde, empesée, sifflante à casser des carreaux.

L’ellipse est un os, hélas. On ne peut pas gagner à tout l'haïku. Le bref peut être un ennemi, la maxime peut avoir une audience minime, "qu'est-ce qu'il a dit, là ?" Devant ce lecteur qui ne voit pas, qui ne voit rien, l'auteur se dit que toutes ses économies ont été dilapidées.

Parfois, l’auteur peine à être entendu. C’est pas nouveau. Pour communiquer, mieux vaut Hermès que l’hermétisme. Le mégaphone pour éviter le méga aphone et le tout ça tousse.

Read my lips plutôt que read my ellipse. Et pourtant, c'est une pratique de politicard qui ne tient jamais ses promesses, même ténues. Souvenons-nous des Lips de Bush, le second Georges, à la Bush profonde, à l'abîme engloutisseur de démocratie.

Malheureux qui communique comme Ulysse. Il se retrouve sans un seul compagnon pour l'entendre (boules quies obligent), sur une mer en furie avec, aux trousses, le roi du web et du filet électronique, Poséidon.

La souffrance peut être encore plus cruelle. Bourreau de travail, un hermétique peut même devenir le bourreau de lui-même. Il se lit et n’y comprend plus rien. À trop foncer pour être épuré, on finit, ensuite, par froncer les sourcils sur ses propres lignes et se dire mais quelle purée de poix ! Pas un poète maudit mais un poète se maudissant de ces mots dits et s'en voulant "Mais qu'est-ce que j'ai dit ?".

Écrire, être lu, parfait. À la condition expresse de se relire ! Le riletto pour s'éviter le rigoletto, le petit rire méchant qui est le lot des incompris. Ça se lit dans quel sens ?

Read my ellipse.

My Dear Ellipse, dans chaque marguerite il y a trace d'un Magritte.

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