You, Pascal, You

"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal

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"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre."
Blaise Pascal

Par ce temps de confinement, il y en a a que la chambre n’aère pas. Ils en veulent à la formule, à l’aise, de Blaise.
« Tout le malheur », « une seule chose », « ne pas savoir », on lui trouve un p’tit air péremptoire au père Pascal.

La phrase est connue. De celles qu’on cite, qu’on trouve presque confite. Une de celles qui se la ramènent souvent dans les sujets de philo. Y a toujours son couvert. Le confinement est filou. Le voilà qui rallume la flamme pascalienne. De quoi rendre pâle à défaut (les bahuts sont fermés) d’une copie blanche.

Ah ! Le Divertissement. Le thème clef agace quand on ne peut guère tourner la sienne de clef que moyennant son attestation dérogatoire.

Sur mon attestation dérogatoire, j’écris ton nom : Liberté. Ou Pascal. Je coche «Excuse pascalienne : je suis malheureux parce que je ne sais pas demeurer en repos dans ma chambre »

Il y a des humains plus seuls que d’autres. Il y en a que le réseau ignore (ou connaît si peu que c’est presque faire semblant). Il y en a qui restent à câbler, accablés. Like a bird not on a wire. Oiseau débranché dans sa chambre.
Force est de reconnaître que l’exiguïté, la promiscuité à 5, 6, 7, 8 clos ravivent la formule de Pascal et régalent les démons, les 3M Misère, Maladie, Mort.

Peut-on compter les uns sur les autres quand on vit les uns sur les autres ? Dans ces cas extrêmes, le sentiment de confinitude n’est pas long à venir. Dans enfermement, il y a enfer dont Sartre a dit que c’était les autres.

Et ces enfants qui piaffent et ne restent pas en repos dans leur chambre.

Et ceux qui trouvent toujours des raisons de manifester.

Ceux qui font le sampa du cent pas parce que La bamba vole pas haut. C'est pas trop la nouba. La rumba c'est narbo. Mais nous y'en a savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. On gigote le haut. On agite le bas.

Pas étonnant que certains en veuillent à ce rascal de Pascal, à ce vieux chameau, ce vieux bandit. Pas étonnant qu'ils lui souhaitent "Une bonne fête, Pascal" comme d'autres fêtaient méchamment les Paulette.

Et de rêver…

À coups de petits verres d'eau-de vie
La plus belle cuite de ma vie
Sera pour mon déconfinement

Pour l'instant, ils sont beaucoup à maudire cette vieille canaille de Pascal.

J’serai content quand toi aussi tu te feras chier comme un rat mort.

Et le mot Divertissement de reprendre son sens le plus fort.

Et le mot Inégalité de trouver un nouveau terreau. Un terreau en blues bleu.

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