1949, le festival du film maudit

En 1949 est lancé le festival du film maudit. La manifestation accueille des films ayant souffert du non-dit.

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En 1949 est lancé le festival du film maudit. La manifestation accueille des films ayant souffert du non-dit.

Le festival est présidé par Jean Cocteau qui fait son Malraux : « Entre, ici, Film maudit ! »

Il est créé à l'initiative d’un ciné-club nommé Objectif 49 qui se dit porteur d’un cinéma d’avant-garde.
Il prend ses quartiers à Biarritz. En réaction à la tapisrougisation de Cannes.

Dans le jury on trouve : Jean Cocteau, René Clément, Jean Grémillon, Raymond Queneau, Alexandre Astruc et Claude Mauriac.

Orson Welles ne peut pas venir. Ni Robert Bresson. On parle de Gérard Philippe, de Marlène Dietrich. Mais non. Graham Greene vient. Dans le public figurent des spectateurs qui ont pour noms : François Truffaut, Jean Douchet, Éric Rohmer, Jacques Rivette. Des noms prometteurs.

Le film maudit ? L’intitulé inquiète. L’adjectif sent l’obscène. Le Ministère de l’Intérieur, grâce aux murs qui portent l'affiche du festival, tend l’oreille.
Le but est d’offrir de la lumière à des films mésestimés, à la sortie ratée ou auxquels la critique et le public ont fait la gueule. Peut-être aussi des films victimes de la censure. Bref, l'idée est que ce festival les maud’hisse en haut de l’affiche.
Mais le scandale - ça fait pas de mal - est aussi recherché. Que le rideau soufre !

Cet événement cinéphilique qui aurait annoncé la « politique des auteurs » et aurait permis la rencontre fructueuse des futurs rédacteurs des Cahiers du Cinéma, fut aussi un festival qui projeta des films.

« Maudits soient les films maudits » clamait Raymond Queneau sur la plaquette du Festival.

20 films furent au programme, parmi lesquels : La Belle ensorceleuse de René Clair, Shangaï Gesture de Joseph von Sternberg, Adress unknown de Rudolph Maté, La Nuit porte conseil de Marcello Pagliero, Ossessione de Luchino Visconti, None but The Lonely Heart de Clifford Odets, Fireworks de Kenneth Anger…

70 ans après, il est toujours temps de les voir.

J’ai vu Ride The Pink Horse (Et tournent les chevaux de bois). Un film de 1947.
Un film réalisé par Robert Montgomery (l'auteur de La Dame du lac, film-concept en caméra subjective dans les yeux du détective Marlowe ; le père de Ma Sorcière Bien Aimée) et joué par lui-même dans le rôle de Gagin, vétéran venu, par le bus, régler son compte à un nommé Franck Hugo, figure du banditisme local. Un peu David contre Goliath.
C’est un film noir qui se passe au Nouveau Mexique en pleine Fiesta. La coutume locale veut que l’on brûle Zozobra. C’est le dieu de la malchance dont on se débarrasse alors. Catharsis. La fumée d'une mauvaise vie.
Le héros arrive, justement, couvert de la noirceur d’un monde déséquilibré par la guerre. A cela s’est ajouté la mort de son meilleur ami dont il rend responsable Franck Hugo. Gagin n’est pas bien du tout. Il a cette trop grande sensibilité qui raidit tout un être. Dans un premier temps, il semble ni sympathique, ni respectueux (hum…).
Gagin circule entre divers mondes qu’il ne connait pas. Il n’a pas les codes. C’est une beuverie avec un homme nommé Pancho et l’innocence rusée d’une mexicaine nommée Pila qui épauleront notre héros fatigué. La figure du manège (les chevaux de bois qui tournent dans le titre) assure que l’histoire se bouclera. Retour à la case départ du bus pour Santa Fé.

A voir pour le goût du Noir, une image bien léchée, un bandit sourd, un patron de chevaux de bois mexicain, un agent du FBI cauteleux, une jeune mexicaine prête à aider le muchacho et puis Zozobra qu’on finira bien par brûler.

 

à propos du festival :

une émission de France Culture

un article

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