Tabou-le-chat ou L’homme dans la tête d’un chat

Aujourd’hui, le nom Verdier peut faire penser à une maison d’édition dans l'Aude et à la couverture jaune. Dans les années 70, Verdier, c'était le nom d’un chanteur.

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Aujourd’hui, le nom Verdier peut faire penser à une maison d’édition dans l'Aude et à la couverture jaune. Dans les années 70, Verdier, c'était le nom d’un chanteur.

Je ne le connaissais pas. Ça a débuté par un vinyl offert par un ami. Et puis j'ai trouvé en brocante le volume Seghers « Poésie et chanson » consacré au chanteur. Joan-Pau Verdier était encore jeune et l'auteur, Louis-Jean Calvet, faisait un pari sur l'avenir (oui, double ration de prénoms composés).

Entre Ferrat et Ferré, Joan Pau Verdier, poète occitan. Rien d’un chantre mou. Beaucoup de chansons et puis plus tard une émission de radio hebdomadaire en occitan sur Radio France Périgord, Meitat chen, meitat porc. Occitania sempre. Du Folkccitan. Pas seulement…

Après des débuts marqués par la voie Ferrat et surtout la voie Ferré (sa graine d’ananar semée), Verdier se met à exister en son nom propre, à prendre sa place, à l’instar des désobéissants du Larzac, bien décidés à rester eux aussi.

S’il avait une prédilection pour l’occitan, Verdier le maria heureusement au français et à l’anglais (au grand dam des puristes, des docteurs ès langue d'oc). Et même plus.

« puis il me jacte en jargon chat
drôl’ de truc, drôl’ de genre
de l’esperanto pour trimard
tiot’ d’occitan, chouia frenchie
englisch patois, argot zonard »

Des langues, des tongues qui tanguent. Folkccitan. Rockccitan. Bien excitant.

C'est par l'album Tabou-le-chat (1977) que j'ai découvert Joan Pau Verdier.

Une découverte qui nécessitait le vinyl. L'album est dur à trouver en cd (Verdier dixit : « Comme Universal n'a jamais daigné malgré mes demandes, rééditer ce disque en CD et la bande est leur propriété »). Une réédition a eu lieu en 2010.

C'est un album concept à la manière de L’homme à tête de chou de Gainsbourg (1976, l'année d'avant). Tabou-le-chat ou L’homme dans la tête d’un chat.
C’est un sacré coup de griffe que donne alors à la chanson française ce périgourdin. Ni péril, ni gourdin. Ce poète occitan qui se méfiait de Paris préféra les marges, le sous-bois au vedettariat. Les mots s'envolaient, engueulaient mais sa contestation était pacifiste. 
La prison choisie de quelqu'un qui se sentait trop seul pour faire un collectif révolutionnaire « Peut-être qu’à plusieurs on peut changer ce fourbi / Et fleurir –mérogis en paradis ». Et puis…« L’irrésistible ascension de Bernard Lavilliers lui sera défavorable : il n’y a pas de place pour deux anars se réclamant de Ferré dans le show-biz.» Cent ans de chanson française de Louis-Jean Calvet (l'auteur du Seghers).

Pour cet album Verdier est bien entouré. À la guitare, Alain Markusfeld. À la prise de son, au mixage et aux calembours (c'est la pochette qui le dit) : Dominique Blanc-Francard. 

À l'écoute, on pense à Ferré pour le texte, pour l’anarchie (et son anar chat). Mais on pense à ce que deviendront les Thiéfaine et Lavilliers, entre talk over et autres coups de gueule ironiques. Sa voix grave de gauchiste fait aussi beaucoup penser à François Béranger. La ballade pour un paumé, « 1 troquet 3 copains Nec Mergitur ». Ferré, Beranger et Cie. Des copains de tout bord de la rive gauche.

Joan Pau Verdier, comme le chat de Kipling, s’en est allé tout seul en juin 2020. Et tous les chanteurs ne se valent pas pour moi.
Je vous invite à découvrir le pays de Tabou-le-chat.

Un extrait. La première chanson de l'album. Un petit millier de vues seulement. Allez, un petit effort.

Joan Pau Verdier "Tabou-le-chat" 1977 Philips © FRENCH VORTEX

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