Le Medef ne tire pas son chapeau aux professeurs, mais le leur fait porter

"Si l'école faisait son travail, j'aurais du travail » Le Medef ne tire pas son chapeau aux professeurs, mais leur fait porter. Puis il s'excuse...

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"Si l'école faisait son travail, j'aurais du travail »
Le Medef ne tire pas son chapeau aux professeurs, mais leur fait porter. Puis il s'excuse…

Conditionnel ? Présent.
« J’aurais », et le conditionnel prend ses libertés. Lui aussi est payé pour ça.

Le prof s’insurge : « Son métier, c’est apprendre ou à laisser. »

On en revient toujours à la même lune. Le prof fait rien qu’à apprendre la poussière et à fuir le soleil de la rentabilité de peur qu’il ne le sauve pas. Levant les yeux au firmament, il brandit sa tendre férule devant le patron paternaliste et la firme maman.

L’entreprise est pourtant son ami, son père, sa mère, son salut, ses finances…

Le prof s’obstine, il en reste à Rousseau. Le prof confesse : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d’exemple ». Justement, ne serait-il pas temps de prendre exemple sur ce qui marche, sur ce qui en-marche, sur ce qui se danse du bassin d'emplois ? C'est le prof qu'on fesse. Odieux garnement qui fait rien qu'à nuire à la productivité du pays.

Le prof, traîné dans la boue, bout. L’exigence rentable du CAC 40 kaki lui donne envie de rendre son tablier et sa blouse. Il se sent en ordre-démission. Hors de question qu’il troque son blues pédagogique pour un bleu de travail (surtout sur l'ordre d'un col blanc).

"Si l'école faisait son travail, j'aurais du travail »
10 petits mots et un mot ‘travail’ répété deux fois, comme une scie. La scie du mépris, la scie à cloches, la morgue au nez.

Quoi, ce ne serait qu’une petite formule pour titiller, susciter le débat ? Pas de quoi prendre la mouche ou l’hashtag-Notremétiervautmieuxqueça ? Les dénégations n’y font rien, on connaît la tactique des coups de sonde pour voir si "y’a quelqu’un ?", si les indignations, les résistances sont encore là. Le malvenu est quand même venu. Comme un Trump au 14 juillet, fallait pas l’inviter.

Devant cette phrase aussi subtile qu'un tweet de Trump à son alter coréen à gros ego, devant ce vertige d'un travail à la chaîne, les réactions saines s'enchaînent. Jusqu’ici tout va bien…

C’est pourtant bien une de ces phrases polémiques qu’on jette comme un os à ronger. Pour faire diversion pendant que la loi s'travaille. Un peu « je dis ça, je dis rien ». Faut pas prendre la mouche, pas polémiquer. La performance est digne de la provocactor’s studio, un rien plus subtil qu’un tweet de Trump parce qu’il y a l’attaque puis aussitôt le cessez-le-feu.

Faut-il faire des élèves des citoyens ou faut-il les former pour les entreprises mitoyennes ?

"Si l'école faisait son travail, j'aurais du travail » Chaque collège dépend d’un bassin d’emploi. Le livret de compétences serait un nouveau livre de Job pour chaque bassin de recrutement

Pour des quartiers où il est plus facile d’obtenir une réponse affirmative à la question « t’as une taff ? » qu’à la question « t’as du taff ? », il est de bon ton de croire au bassin d’emploi et à l’employabilité des jeunes. « Ces élèves sont des billes, qu’ils soient au moins employables, non ? » Et puis, sait-on jamais, l’un d’entre eux transformera ses billes en gemmes et au lieu de finir au chômage finira chez Chaumet. S’il y a une rupture de destin, elle servira d’exemple éclatant. De la porcelaine intacte, au milieu de la casse scolaire et de la casse sociale.

Quousque tandem, pardon, c’est du latin, ça sert à rien…Jusqu’à quand va-t-on croire qu’il faut déshabiller Jules (Ferry) pour habiller Paul (Emploi) ?

Le prof se rassure en se disant qu'en moins d'une heure il aurait réussi à faire comprendre à un élève que la formule « Si l'école faisait son travail, j'aurais du travail » est insultante.

Il ne prend pas que le temps de l’ire, il apprend à lire toute la journée.

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