Dynamiteur d'aqueducs et saboteur de pipeline

"Un jour au cirque/Un autre à chercher à te plaire/Dresseur de loulous/Dynamiteur d’aqueducs"

51955pz4rtl
Un jour au cirque
Un autre à chercher à te plaire
Dresseur de loulous
Dynamiteur d’aqueducs

La Nuit Je Mens (Jean Fauque/Alain Bashung)

Andreas Malm est un chercheur suédois qui lutte contre le sabotage des débats autour du réchauffement climatique.
Avec un passé de militant écologiste en bandoulière (depuis la COP1 de Berlin en 1995), il tempête contre les épuisants « on ne peut pas faire autrement » ou autre « on ne peut stopper un avion en vol ».
Se demandant si, au fond, la marche protestataire, ça marche, s’il ne faudrait pas bannir les sit-in de soja, si on vous entend vraiment crier dans l’espace politique international…

Il propose un livre stimulant au titre impertinent : Comment saboter un pipeline.

Lui, lecteur, se souvient du cri écrit qu’il poussa : « Liberté, Liberté Erri », lorsque l’écrivain Erri de Luca fut accusé d’incitation au sabotage.

Cette histoire de saboteurs de pipeline ont un air familier. Cela lui rappelle les dynamiteurs d’aqueducs que chantait Bashung dans "La Nuit Je Mens".

Plus loin encore dans le temps, il se souvient des luddites, des briseurs de machines.

Saboter, c’est viser les marchandises, les objets, les machines.
Une longue histoire politique…

L'essai d'Andreas Malm joue d'une formule pivot qui pèse depuis longtemps sur nos sociétés capitalistes : Business-as-usual. Une épée de Damoclès (ou une épaisse Dame au socle capitaliste) qui rend bien des actions vaines, qui en décourage plus d’un. Le jour d’après ressemble trop au jour d’avant pour témoigner d’un changement, d’une prise de conscience.

Dans son livre Andreas Malm interroge un pacifisme béat qui laisserait des trous béants…et rien ne change.
Les pancartes, la soupe vegan, les chorégraphies ont du mal à ébranler le système. Les évolutions cosmétiques, le trompe-l’œil et les énergies faux-cils, c’est frustrant, rageant, sidérant (pour employer un mot qu’on emploie rarement dans ce domaine).
En revanche, c’est vrai, ces manifestations enthousiastes, pacifistes suscitent l’adhésion. Au baromètre de la popularité, tout va bien…

Mais les instagrèves ou autres #sandwichdeprotestation ne font pas peur. Mettre son masque sous le menton, non plus.

En fait, on oublie que les mouvements non-violents ont toujours flirté avec une forme de violence. De là à convertir l’échec en diagonale du fou, de là à transformer un pipeline en flûte…

Pour la Terre et sa beauté fatale ?
Saboter. Fatal. La case prison qu’on réserve à ceux qui osent refroidit.

À défaut de pipelines (rares à observer), on pourra jeter un œil nouveau sur les SUV qu’une entreprise marketing a eu l’outrecuidance de nommer Véhicule sportif. Des véhicules qui sont un signe extérieur de lutte des classes à eux tout seuls. Polluants. Énergivores.

Ne rien saboter comme une politesse pleine de désespoir. Avec le risque que le désespoir finisse par saboter le pacifisme démocratique et que le sabotage trouve toute sa légitimité. Antigone n’est pas loin.

Un jour au cirque
Un autre à chercher à te plaire
Dresseur de loulous
Saboteur de pipeline

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.