Goncourt: c’est pas du story-telling, mais du stories-Tellier

L’auteur, Hervé Le Tellier, a déjà écrit une vingtaine de romans. Dans son dernier, il en écrit presque vingt à la fois. Ou plutôt c’est un roman qui accueille de multiples genres différents : policier, espionnage, science-fiction, même de la chick-lit.

L’auteur, Hervé Le Tellier, a déjà écrit une vingtaine de romans. Dans son dernier, il en écrit presque vingt à la fois. Ou plutôt c’est un seul roman qui accueille de multiples genres différents : policier, espionnage, science-fiction, même de la chick-lit.

C’est pas du story-telling, mais du stories-Tellier.

Il est question d’avion disparu, cumulonimbé. Une Disparition ?
C’est la série Lost ? Il y a les voyageurs qui ont atterri normalement et ceux qui atterrissent ailleurs, un peu plus tard, et qu’on s’empresse de cacher dans un hangar quelque part au milieu de nulle part. Les passagers se dédoublent. Ils voyageaient en Double Classe.

Il n’y a pas de passagers disparus, mais des passagers dont c’est le premier jour du reste de la vie…d’autres qui ne sont autres qu’eux-mêmes. Je est un autre moi-même. Vertige. Je. Nœud.

Ce n’est donc pas tout à fait Lost (et puis l’avion est français). C’est un roman qui est l’host d’autres romans. Une histoire comme une Histoire des genres littéraires ou, plus humblement, une histoire à tiroirs, une histiroirs.
Le livre offre aussi différents types d’écrits : articles de journaux, lettres, mails, chansons, jusqu’aux retranscriptions d’un show télé américain.

C’est un livre-multiple qui concourt à de multiples prix.
Espérons pour l’auteur qu’il ne mettra pas les doigts dans une multiple-prixse, du court-jus qui met hors-jeu.

Les prix seront-ils bien répartis ? Au lendemain de la remise, l’auteur – lui ou son double – sera-t-il reparti avec quelque chose qu’on n’ose – par superstition – lui souhaiter.

L’Anomalie est un vrai divertissement. Intelligent. Structuré.

Concernant l’auteur, on n’en restera pas là. Salutations à sa Joconde jusqu’à 100 ou ce dialogue de sourds absurde par le biais de lettres adressées au président Mitterrand.

Même si L’Anomalie respecte une contrainte, comme l’immeuble à histoires de La Vie mode d’emploi, cet édifice cher à Perec. Ce livre-là joue moins sur les mots (suivez mon regard) que d’autres livres de l’auteur, voire moins que tout oulipien qui se respecte. De quoi s'assurer un public plus large.

Bien sûr, outre ce concept littéraire ludique, le jeu oulipien existe dans le livre. Il l’a rencontré. Avant de lire le livre, il s’était amusé d’une anagramme, ici. Le livre en offre une autre. Il est question d’anthume, de tueur à gage de lui-même. Et puis il y a des références, des allusions (Trump est là, Villani ? Aussi), des pastiches (autant de sucreries issues d’une pasticceria), des mises en abyme… dans le roman, il est question d’un roman intitulé L’Anomalie qui concourt à un prix.

Pour le Goncourt, quelles sont chances ?
On parierait bien sinon à Cent contre Un du moins à 100 contraintes.

En fait, il l'a eu.

Source : https://lirepeuouproust.wordpress.com/2020/11/28/cest-pas-du-story-telling-mais-du-stories-tellier/

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