Respect des principes de la République : l’Assemblée nationale se démène

Alors que certains élus craignaient « une remise en cause des équilibres » de la loi de 1905, le projet de loi confortant le respect des principes de la République, dite « loi contre le séparatisme », aura surtout ébranlé la délibération parlementaire.

C’est ce qu’on retient du « petit palmarès des interventions les plus… insolites » établi par Marianne. Aucun argument n’était ni trop loufoque ni trop déplacé.

Afin de dénoncer « un débat pourri sur le voile à l’université », le député LFI Eric Coquerel a estimé opportun de rappeler que les femmes musulmanes ne sont pas les seules à porter sur elles le voile. « Savez-vous que le voile d’une mariée chrétienne signifie le fait qu’il y a une soumission de la femme à son époux ? », a-t-il lancé. Et d’ajouter : « votre souci est seulement de persécuter une seule religion ».

Mais pourquoi l’Assemblée nationale n’aborde-t-elle pas les questions fondamentales ? Car le problème soulevé par M. Coquerel n’est pas seulement celui de savoir si la jarretière de la mariée est également un signe de soumission (comme l’a ironiquement suggéré le député LR Julien Aubert), mais surtout celui de savoir comment faut-il s’y prendre pour persécuter non pas une seule, mais toutes les religions. C’est évidemment cela, l’égalité républicaine.

Il fallait écouter le chef des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, pour s’en convaincre. « Je vous mets au défi de trouver un seul tableau, une seule peinture où vous trouverez la mère du Christ sans un voile sur la tête ».

L’argument avait évidemment toute sa place dans le débat parlementaire. Il affirmait que la mère du Messie, si elle devait accompagner son fils dans le cadre d’une sortie scolaire et surtout si elle devait se faire peindre à l’occasion, serait voilée. Tout le monde doit le savoir, puisque tout le monde connaît les représentations de la Vierge. A quoi bon continuer à débattre d’une question réglée depuis des siècles ?

Mais pour se persuader que l’objectif de la majorité n’était en aucun cas de s’en prendre à une seule religion, le mieux était d’écouter Florent Boudié. Le rapporteur général du projet de loi a cité le magazine Famille chrétienne, selon lequel « la première communion concerne fondamentalement deux personnes, l’enfant et Jésus. Ce n’est pas une démarche à sens unique, c’est une rencontre et, malgré les apparences, celui qui prend l’initiative, ce n’est ni l’enfant ni ses parents : c’est Dieu lui-même ».

Pour le parlementaire, cela prouve que « dans les religions, la question du consentement de l’enfant se pose »...

Finalement, samedi 13 février, l'Assemblée approuvait un élargissement des motifs de fermeture des lieux de culte, notamment ceux accueillant des « prêcheurs de haine ». Cette disposition est l'une des dernières du projet de loi contre le « séparatisme ».

 

Le vote solennel de ce texte « confortant le respect des principes de la République » est prévu cet après-midi, avant son passage au Sénat.

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