Les patrons des GAFAM devant le Sénat américain

La loi sur la Décence des communications doit-elle être révisée ? Un sujet manifestement trop important pour être laissé au seul législateur. Les PDG de Facebook, Google et Twitter avait leur mot à dire, peu avant l'élection présidentielle américaine.

L’exercice était sérieux, important, attendu. Il s’agissait de savoir si le Communication Decency Act doit oui ou non être révisé. Voté en 1996, le texte encadre la responsabilité légale et le cadre dans lequel opèrent les réseaux sociaux outre-Atlantique. Or, selon l’article 230 de la loi, les plateformes internet n’ont aucune responsabilité juridique face aux contenus problématiques publiés par des tiers, et sont libres de les modérer comme elles l’entendent.

Mais voilà que la question qui devait se trouver au centre du débat a à peine été mentionnée, l’audition s’étant très rapidement transformée en règlement de comptes entre des politiciens en mal de positionnement.

La grande surprise est venue du côté démocrate. Habituellement très agressifs sur les questions de respect de la vie privée ou de modération des appels à la haine, le clan s’est pour une fois montré particulièrement compréhensif à l’égard de Mark Zuckerberg, Sundar Pichai et Jack Dorsey, respectivement patrons de Facebook, Google et Twitter.

Le sénateur du Connecticut Richard Blumenthal était allé jusqu’à fustiger une audition « qui se déroule littéralement à quelques jours d’une élection présidentielle et dont le but semble être d’intimider les réseaux sociaux pour favoriser Donald Trump ».

Les grands patrons de la tech américaine se laissant intimider par les sénateurs républicains ? Il fallait sans doute toute la subtilité d’analyse d’un diplômé de Harvard, du Trinity College de Cambridge et de Yale pour y penser. Et le « recul » d’un Brian Schatz pour lui emboîter le pas. « Le pire, c’est que ce coup de force des républicains a réussi. Vous avez surcompensé et embauché des conservateurs, accordé des dispenses spéciales à des voix de droite », a prétendu le sénateur hawaïen.

Avis aux soutiens de Donald Trump qui auraient le malheur d’être au chômage en ce moment : ils n’ont qu’une chose simple à faire, envoyer leur CV à M. Zuckerberg. Cela devrait suffire pour améliorer nettement leur situation.

« Aucun biais politique » !

Plus conséquents, les républicains ont fait remarquer que les réseaux sociaux représentés au Sénat, en particulier Twitter, n’ont « jamais censuré Joe Biden, alors [qu‘ils ont] censuré le président Trump 65 fois », selon le décompte – très probablement sous-estimé – de la sénatrice du Tennessee Marsha Blackburn.

Le sénateur du Mississippi Roger Wicker a quant à lui attiré l’attention sur le fait que les messages antisionistes de l’ayatollah iranien Ali Khamenei n’ont pas été modérés, contrairement aux tweets du président américain qui subissent régulièrement ce sort. Que l’état de la démocratie dans le monde soit la principale préoccupation des sénateurs américains, voilà qui ne devrait faire plus aucun doute.

Mais, si des interrogations devaient malgré tout subsister, qu’on se rassure en se rappelant que Twitter a censuré, durant 48 heures, un article du New York Post sur le fils de Joe Biden. Le réseau social expliquait que des e-mails avaient probablement été piratés.

Sauf que… pourquoi les réseaux sociaux n’ont-ils « pas bloqué l’article du New York Times sur les impôts de Donald Trump ? N’ont-ils pas obtenu ces documents de manière frauduleuse ? », s’est interrogé le représentant du Texas Ted Cruz. Décidemment, les sénateurs républicains ne possèdent pas la subtilité d’analyse de leurs collègues démocrates…

Heureusement que les patrons des GAFAM étaient là pour rassurer tout le monde. « Nous n’avons aucun biais politique, point. Ce serait contraire à nos intérêts et à notre mission », a martelé Sundar Pichai.

Mais alors, pourquoi Jack Dorsey s’est-il senti obligé de préciser qu’« il faut davantage de transparence sur le fonctionnement de nos services de modération (…), que les internautes puissent facilement faire appel de ces décisions (…) et laisser aux internautes la possibilité de choisir quels algorithmes agissent sur le tri des contenus qu’ils voient » ? Des subtilités qui n'étaient sans doute pas à la portée de tout le monde. En tout cas pas à quelques jours du scrutin présidentiel.

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