#NiceMatin "Pourquoi une coopérative est la meilleure structure pour transformer un media" (par Cédric Motte)

Reprise d'un post de Cédric Motte (@Chouing) sur Google + 

https://plus.google.com/u/0/+C%C3%A9dricMotte/posts/Cb162yH98FM

Nous avons publié, pour info, un avis contraire de Jacques Hardoin (@JacquesHardoin) en fin d'article.

Bonne lecture!



IMPORTANT

Note : les lignes suivantes ont été rédigées hier soir suite à 36 heures passées avec les salariés et syndicats du Groupe Nice Matin. 

Si vous êtes intéressé par l'histoire, souhaitez mieux comprendre le projet, je suis à votre dispo et bien sûr eux aussi.
N'hésitez pas à relayer.

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Pourquoi une coopérative est la meilleure structure pour transformer un media

Financement participatif, concerts de soutien, échanges avec les lecteurs : au Groupe Nice Matin se succèdent et se complètent les bonnes volontés pour défendre un projet social et solidaire de reprise du groupe par une SCIC - société coopératives d’intérêt collectif 
http://www.les-scic.coop/.

Créée en septembre, elle vise à sauver le plus grand nombre d’emplois tout en conservant au mieux le patrimoine - immobilier en l’occurrence - et, surtout, en portant un projet de transformation de l’entreprise.

Pour faire simple, la SCIC, c’est l’idée que l’entreprise est portée et administrée par les salariés ou / et toute personne physique ou morale intéressée par le projet.
Pour autant, une SCIC n’est pas non plus une foire permanente où l'on vote tous les quatre matins. 
Ce qui tombe bien : c’est impossible à gérer dans un groupe comme celui de Nice Matin, où travaillent aujourd’hui plus de 1 100 employés. (et déjà dans un espace de co-working à 10 bonshommes, cela ne doit pas être simple)

Alors que je suis intéressé au dossier du groupe Nice Matin depuis une quinzaine de jours, je réfléchis en tâche de fond sur la viabilité de ce projet de SCIC, notamment après avoir rencontré une petite partie des salariés et quasi tous les syndicats porteurs du projet.

A court terme, tandis que s’approchent les échéances - avec notamment un dépôt des dossiers de reprise au 8 octobre et un passage devant le juge le 13 octobre - la SCIC présente un défaut majeur : le bouclage du financement.
Il ne manque pas grand chose, mais les volontés politiques qui pourraient débloquer la situation semble bien décider à ne rien faire, inconscientes du problème de fond.

Et pourtant, la SCIC porte autre chose que l'idée de sauver des emplois.
L'objectif est de développer une nouvelle façon d’aborder son travail, bien plus en phase avec les nécessités du marché actuel.

Nice Matin, créé en 1947, n’est plus propriété de son fondateur depuis les années 90, quand ont commencé à se succéder de multiples actionnaires majoritaires.

http://www.liberation.fr/medias/1998/02/23/michel-bavastro-un-demi-siecle-de-regne-a-nice-matin-une-partie-du-personnel-se-sent-trahie-par-celu_228008

Aujourd’hui, le Groupe (Nice Matin, Var Matin, Corse Matin, PNS, ECAZ, Eurosud et toutes entités incluses dans le périmètre) souffre de multiples maux, dont en voici certains.

. tous les mois, 1 million d’euros sont perdus.
. des éditions copieuses en nombre de pages, a priori assez complètes sur le fond, mais qui manquent de rythme(s) sur la forme
. une édition web portée par une petite équipe dont les outils sont bricolés
. des métiers - journalistes, livre, administratif, etc. - qui se parlent peu, faute de projets communs ou d’organisation transversale de l'espace,
. a priori des compétences mal placées en raison d’un organigramme fatigué,
. des montées en compétences stoppées soit par manque de budget, soit par manque de mise en pratique, les outils et les organisations ne suivant pas.

Cette situation est classique pour de nombreux titres avec, pour résumer, deux points qui se téléscopent :
. un actionnaire « externe» au média
. de multiples maux internes

. auxquels s’ajoute dans tous les médias, quoiqu'en dise les partenaires sociaux, cependant une positive volonté « Bon, assez déconné, il est largement temps d’essayer de transformer notre activité, la situation de rente (résultat d'un monopole en PQR) étant caduque  ».

Classiquement, dans l’histoire de la presse, quand un titre est vendu par son équipe fondatrice à un tiers, l’implication est moindre, la qualité s’en ressent, potentiellement le lectorat s’en aperçoit, le cercle vicieux s’installe. 

A l’inverse, quand il est créé puis développé par les équipes d’origine, la ferveur des premières veillées à poser le projet éditorial, technique, commercial, administratif transparait et en porte sa réalisation sur plusieurs années, même si une lassitude s’installe à terme.

D’ici au 20 octobre, le tribunal de commerce devrait avoir choisi - par défaut ou par argumentation positive - l’une des offres de reprise.

Dans le cas d’une reprise par un actionnaire externe, la lassitude sera là par défaut.

A l'inverse, face à la nécessité de se transformer, l’offre de la SCIC permet, sur le long terme et à condition d’être bien gérée dans sa mise en pratique, de meilleures garanties sur la motivation et le plaisir de « faire ensemble ».

Dans une coopérative, les salariés étant aussi en partie décideurs, ils doivent prendre leur responsabilité et
— proposer et argumenter leurs points de vue
— accepter les points de vue décidés - soit par la gouvernance, soit par l’ensemble des salariés
— soit partir, si le projet ne correspond plus à leurs attentes.

Les transformations dans la presse ne se limitent pas à un pauvre « Tiens, et si on faisait du web, une appli mobile et un paywall. Ouais, ça serait bien ».

Aujourd’hui, l’enjeu est de transformer sur le long terme des journaux - et leurs marques - vers des entreprises médias aux potentielles activités complémentaires, l’idée étant que, si le fleuve se vide et la nasse ne rapporte plus assez de poissons, il faut se tourner vers de plus modestes cours d’eau pour compléter.

Ses transformations sont fondamentales puisqu’elles touchent aux fondements (si vous avez un meilleur terme…) dans la vie d’un employé sur
. sa façon de travailler
. les personnes avec qui il interagit
. ses outils
. ses habitudes.
. et tout le reste.

Si tout le monde n’est pas impacté de façon égale, il n’empêche qu’à minima l’environnement change pour tout le monde.

Quel est l’intérêt d’une coopérative dans tout cela ?
Responsables de leur avenir 
ET conscients du chemin 
ET sans idée pré-conçue de ce qu’ils trouveront au bout du chemin,

les salariés s’engagent dans un processus qu’ils dirigent - au moins dans les grandes lignes stratégiques. 

Evidemment, il y a de la casse. Oui, il y a des pleurs. Oui, il y a des engueulades. Et oui, parfois, le journal est pourri, de la qualité de l’information à sa distribution en passant par tous les métiers nécessaires à sa réalisation.

Mais, honnêtement, c’est déjà le cas non ? Combien de plans sociaux ? Combien de pots de départ la larme à l’oeil ? Combien de temps perdu à gueuler sur le voisin ou le chef ces dernières années et ce quelque soit le journal ?

Tant qu’à faire, que ces difficiles moments soient un chemin pris ensemble pour prendre la main sur son avenir.

Pour prendre contact avec l'auteur, Cédric Motte, son compte twitter: @Chouing


Sur le même sujet, lire cet article:

#NiceMatin: la réponse des salariés à nos questions sur la #déontologie et le #dialogue...


http://blogs.mediapart.fr/blog/les-indignes-du-paf/240814/nicematin-la-reponse-des-salaries-nos-questions-sur-la-deontologie-et-le-dialogue




 

Un avis opposé  a été publié par Jacques Hardoin (@JacquesHardoin), Directeur Général groupe La Voix. Il nous paraît naturel de le publier dans la foulée du précédent: "Pourquoi une coopérative n'est pas, aujourd'hui, le bon modèle pour un quotidien régional?"

http://www.mediapart.fr/files/NiceMatin-LaVDNantiCoop.jpg


 

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