Face aux critiques du CSA, les médias crient à la censure et oublient leur public

Les critiques envers les médias

 Le 12 février, après avoir analysé 500 heures de programmes, le CSA rendait ses décisions concernant le traitement médiatique de la couverture des attentats terroristes de début janvier. 36 manquements étaient constatés dont 15 ont donné lieu à une mise en garde et 21 à une mise en demeure concernant LCI, BFM, France 2, TF1, I-télé, France 24, Euronews, RMC, Europe 1, RTL, France Inter, France Info, Rfi.

La veille, Nicolas Jacobs, médiateur à France Télévisions intervenait lors d'une rencontre autour du traitement médiatique de ces évènements au sein d'une école de journalisme, l'IPJ. Il commença par rappeler la couverture hors du commun mise en place. Les chaînes d'info passaient en édition spéciale. TF1 et France 2 cassaient leur grille. France 2 assura ainsi 34 heures d'antenne en dehors des JT. Du jamais vu. Les sites internet des journaux étaient en info continue.

 Se posèrent alors tous les problèmes de l'information à grande vitesse : la vérification de l'information, ainsi que celle des sources.

 Le médiateur dressa ensuite la liste des reproches adressés aux rédactions :

  • la divulgation de l'identité des frères Kouachi,

  • la divulgation du nom d'une personne présentée comme étant l'un des terroristes, ce qui s'est révélé faux.

  • La diffusion d'images montrant l'exécution du policier.

  • La prise de contacts des journalistes avec les preneurs d'otages

  • la diffusion d'informations concernant la présence de personnes cachées dans les lieux

  • la diffusion d'images montrant le positionnement et le déploiement des forces de l'ordre

  • l'annonce du début des opérations à Dammartin-en-Goële alors qu’Amedy Coulibaly était encore retranché à la Porte de Vincennes

  • la diffusion d'images de l'assaut avec les tirs mortels contre le terroriste.

Chaque cas est à étudier précisément. Ainsi au journal de 13 heures, c'est la propre sœur du graphiste qui révèle à la journaliste Elise Lucet que son frère est caché dans l'imprimerie. Comme l'ITW est en direct, impossible de couper. Sur BFM TV, c'est le journaliste Dominique Rizet, qui révèle qu'une personne serait cachée dans une chambre froide.

Le rôle des experts est également problématique. Les anciens patrons du GIGN donnent des infos qu'ils ne devraient pas donner. Enfin, n'y-a-t-il pas une responsabilité des policiers qui informent la presse sur l'identité des frères Kouachi, et sur les personnes cachées ?

Les rédactions de France Télévision réfléchissent sur ces dérives mais le réflexe corporatiste de la profession fait que rien n'est communiqué aux téléspectateurs, reconnaît Nicolas Jacobs.

Des rédactions qui crient à la censure

Mise en danger de la vie d'autrui, atteinte à la dignité humaine, les fautes constatées sont lourdes. Mais face à ces critiques, les rédactions au lieu de reconnaître leurs erreurs, de s'excuser auprès de leurs téléspectateurs et auditeurs, accusent le CSA de vouloir les censurer. Le 18 février, 14 rédactions s'unissent pour adresser une lettre au CSA. 

Ces rédactions s'interrogent : « Dans quelle autre grande démocratie reproche-t-on aux médias audiovisuels de rendre compte des faits en temps réel ? » La triste réalité c'est que face à l'absence d'autocritique des médias, la nature ayant horreur du vide, le CSA prend la place que devrait avoir une instance de déontologie. Car la France est l'un des rares pays à ne pas avoir de Conseil de Presse, que réclame plusieurs associations depuis de nombreuses années. Dans toutes les grandes démocraties, les citoyens mécontents du traitement de l'information peuvent s'adresser à ce conseil qui étudie les manquements à la déontologie. Si les rédactions ont pu s'unir pour écrire au CSA, ne pourraient-elles pas faire de même pour créer ce type de structure ?

Ces rédactions attestent « s'être interrogées sans relâche, pendant et après les évènements ». Leur public aurait peut-être apprécié d'être informé de ce travail d'analyse sur leurs dérives, et des protocoles mis en place pour éviter qu'elles ne se répètent.

Il est intéressant de constater la différence de points de vue entre les journalistes et leurs téléspectateurs et auditeurs, dans les émissions qui ont traité de la couverture médiatique, comme par exemple « Le téléphone sonne »  sur France Inter. Là ou les rédactions crient à la censure, à l'atteinte de la liberté de la presse, le public voit la mise en danger d'autrui, la nuisance à l'efficacité des forces de police. S'il y avait eu un mort sous l'évier ou dans la chambre froide, la position de ces rédactions serait-elle tenable ?

Notons l'absence de sanctions envers la chaîne M6, qui n'a pas cassé son antenne mais préféré allonger ses éditions. Xavier de Moulins était interviewé à ce sujet dans l'émission « Médias le Magazine ». Ses réflexions montrent qu'il est possible de résister à la course au scoop.

Les Assises du Journalisme organisent le 13 Mars 2015 une journée de réflexion à Paris sur le traitement médiatique de ces événements. Ces Assises du Journalisme sont l'un des rares espaces de débats entre les journalistes et les citoyens. Elles ont été créées par Jérôme Bouvier, qui durant 5 ans fut le médiateur des radios de Radio France, l'un des rares à exercer un véritable échange, ce qui n'a pas dû plaire à sa hiérarchie.

Les rédactions terminent leur lettre par «  (nous) continuerons avec nos équipes, à travailler en toute indépendance et en toute responsabilité pour les millions de téléspectateurs et auditeurs qui nous font confiance chaque jour. » Qui pourrait les informer que la confiance des français dans leurs médias a depuis longtemps disparu et qu'il est difficile de croire à leur indépendance ?

SC

-- 

La déontologie et le dialogue au service de la qualité de l'information...

-----

Les Citoyens de l'information/ Les Indignés du PAF

Nouvelle adresse: lescitoyensdelinformation@gmail.com

Sur FaceBook et Mediapart: "Les Indignés du PAF/ Les Citoyens de l'Information"

Sur Twitter @CitoyensDeLinfo

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.