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Tribune 8 mai 2022

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La reconstruction de la gauche ne peut pas faire l’impasse sur la lutte contre l’antisémitisme

« Être vraiment antiraciste c’est ne jamais transiger avec l’antisémitisme ». Un ensemble de personnalités et d'organisations juives appellent la gauche « à ne plus consentir à l’antisémitisme quel qu’en soit le visage. Consentir au conspirationnisme avec des mots et un imaginaire qui, régulièrement cible les juifs, n’est pas acceptable. »

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Le 24 avril dernier, nous avons retenu notre souffle. Puis nous avons respiré un peu, juste le temps de réaliser que 42% de nos concitoyen·nes avaient choisi de voter pour un parti fondé par des néo-nazis et des membres de l’OAS. 

Pour leur faire barrage, nous n’avions au premier tour que peu d’options et, pour nous, juives et juifs de gauche, ce fut un moment douloureux. Certains d’entre nous ont voté LFI la mort dans l’âme au nom de l’intérêt collectif, en avalant encore et toujours les couleuvres des multiples dérives de son chef Jean-Luc Mélenchon sur « la communauté juive », en plus de ses positions sur la politique internationale. Pour d’autres, ce vote n’a pas été possible tant il semblait constituer une trahison de ce que nous sommes et de nos combats.  

Les législatives arrivent maintenant à grands pas et nous voyons se profiler une union inédite à gauche qui suscite de l’espoir, pourtant une inquiétude grandissante teintée d’amertume continue de nous traverser. 

Le caractère structurel et total de l’antisémitisme n’épargne aucun champ politique. Ces dernières années, les violences antisémites n’ont cessé de progresser et la « question juive », que beaucoup d’entre nous croyaient appartenir à l’histoire, fait de nouveau trop souvent partie du quotidien.

Entre les théories sur la toute-puissance des Rothschild et la réhabilitation de Pétain, le complotisme et le dévoiement obscène de l’étoile jaune lors des manifestations antivax, l’antisémitisme ne semble jamais désarmer. Consentir au conspirationnisme avec des mots et un imaginaire qui, régulièrement cible les juifs, n’est pas acceptable à gauche. Pourtant, peu de candidats ont cru bon en parler pendant la campagne présidentielle, et à gauche on n’a pas osé évoquer les « dérapages » réguliers de certains … pour ne pas gâcher la fête.  

Ce dilemme, ce sentiment d’abandon et le constat terrible que l’antisémitisme constitue pour beaucoup de nos camarades militants « un détail », c’est un peu l’histoire de nos vies. Être juif·ve et engagé·e à gauche est devenu depuis des années un combat en soi. Un combat que nous continuons cependant de mener au quotidien dans nos quartiers, nos associations, nos métiers, nos partis. 

Par ailleurs, la parole raciste visant nos compatriotes de confession musulmane s’est banalisée, les attaques régulières sur les plateaux de télévision et les obsessions de certain·es candidat·es nous sont insupportables. Face à ces dérives, nos réactions ne doivent souffrir d’aucune ambiguïté. 

Dans le même sens, il ne saurait y avoir de dénonciation du racisme sans clarté sur la question de l’antisémitisme. Il s'agit d’une même lutte et nous devons la mener ensemble, sans mettre en concurrence les communautés. 

À gauche, malheureusement, l’indignation se fait toujours de plus en plus timide et sélective quand il s’agit des Juif·ves. Elle laisse le champ libre à des personnalités de la droite identitaire qui, toute honte bue, se posent désormais en grands défenseurs des Juif.ves de France. Cette récupération marque aussi la défaite de la gauche sur la question de l’antisémitisme. Pire, cet abandon continue d’alimenter l’idée que la lutte contre la haine anti-juive est devenue aujourd’hui l’apanage des réactionnaires ou des « puissants », détournant un peu plus les militants de gauche de cette cause qui fait pourtant partie de l’essence même de ses combats. 

Le problème ne date pas d’hier, et les voix militantes qui se sont élevées de l’intérieur pour sensibiliser les partis et les groupes sont nombreuses. L’antisémitisme ne peut pas être considéré comme une forme de « radicalité acceptable ». Et brandir le conflit israélo-palestinien pour refuser de parler de l’antisémitisme en France est une lâcheté, qui ne participe ni à l’apaisement là-bas, ni au combat contre la haine anti-juive ici. Au contraire, cela ne fait que souffler sur les braises des tensions entre communautés.

Nous sommes d’une nouvelle génération de militant·es qui refuse de choisir entre l’engagement antiraciste, le féminisme, les droits des LGBTQI+, la lutte pour la justice sociale, pour l’égalité, le climat et le fait de revendiquer pleinement ce que nous sommes. Nous ne voulons pas non plus renoncer à la lutte contre l’antisémitisme.

Combien de collègues et d’amis sont encore forcés de taire ou de cacher leur judéité, dans les milieux de gauche, pour ne pas être assaillis de questions sur Israël, être stigmatisés ou voir leurs engagements politiques remis en question ?

Nous sommes Juif-ves, profondément engagés et ancrés à gauche et aimerions que ce ne soit plus une « insupportable solitude ». Solitude que nous connaissons malheureusement bien, alors que l’antisémitisme a fait 12 morts ces 20 dernières années, que les réponses de la gauche étaient souvent bien faibles, et que nous étions souvent bien seuls dans les manifestations et autres marches blanches.

Nous sommes et serons toujours présents dans la rue, dans les urnes, dans les débats nous continuerons de nous lever face aux injustices, au racisme, aux violences policières, à la haine contre les musulmans, les minorités et les femmes. Nous exprimons notre solidarité avec les opprimés du monde entier, de Kaboul à Kyiv en passant par le Xinjiang…

Nous appelons aujourd’hui les responsables politiques, syndicaux, éditorialistes militants de gauche à ne plus consentir à l’antisémitisme quel qu’en soit le visage.

Être vraiment antiraciste c’est ne jamais transiger avec l’antisémitisme. Il est temps de l’affirmer de façon claire et sans ambiguïté. Il est temps de créer des formations afin que les militants de toute la France puissent être sensibilisés et n’aient plus l’excuse de l’ignorance. Il est temps de réaliser une grande introspection, de se remettre en question. 

Les juifs de gauche ne supportent plus ces abandons qui, chaque fois, signifient un reniement de ses valeurs et de son essence.

 Reconstruisons la Gauche tou.tes ensemble, sans oublier les Juifs !

Tribune rédigée par Hanna Assouline, Myriam Levain et Émile Ackermann. 

Signataires : 

Hanna Assouline, réalisatrice et présidente des Guerrières de la Paix
Émile Ackermann, rabbin en formation (Ayeka) 
Myriam Levain, journaliste et autrice
Myriam Ackermann Sommer, rabbin en formation
Illana Weizman, autrice et militante féministe et antiraciste 
Félix Moati, réalisateur et comédien 
Brigitte Stora, autrice 
Cléo Cohen, réalisatrice
Alain Policar, Sociologue
Sarah Perez, DJ et artiste sonore 
Edgar Laloum, éducateur vice président de l’AJMF Paris
Déborah Hassoun, scénariste
Alice Pfeiffer, journaliste et autrice
Yoram Melloul, journaliste
Robert Hirsch auteur historien
Juliette Fressonnet, éducatrice
Olia Maruani vidéaste
Paula Jacques, écrivaine
Eva Tapiero, journaliste
Anne Rabinovitch, traductrice littéraire
Alain Rozenkier, sociologue et militant associatif
Shani Benoualid, cofondatrice #jesuislà 
David Chemla, militant associatif
Anna Gourdikian, enseignante et fondatrice de Russes pour la Paix
Jonas Pariente, producteur
Françoise Adamsbaum,  experte en Arts contemporains
Jan Feigen, militant antiraciste
Daniel Aptekier, membre du Réseau d’actions de lutte contre l’antisémitisme et tous les racismes
Pierre Raiman, Editeur
Tauba Staroswiecki, militante associative 
Corinne Rozenberg, monteuse 
Raphaëlle Panaye, Psychothérapeute et militante féministe 
Michele Fellous, anthropologue - Collages judéité queer 
Lev Rosen, auteurice Féministe 

Les Juifs et Juives Révolutionnaires
Collages Féministes Juifves de Marseille
Collectif des Juifves VNR
Collectif JudéoFéminisme

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