Contre la pornodivulgation, pour la protection des mineurs et des libertés, censurer le porno est contre-productif

Dans une actualité préoccupée par la pornographie, un large collectif de travailleur·se·s du sexe alerte sur les lois liberticides destinées à censurer le porno sur Internet. Celles-ci les mettent en danger, alors même qu'il existe «une diversité de contenus et de nouvelles représentations des corps et sexualités». Contre la «morale anti-sexe», ils appellent à améliorer leurs conditions conditions de travail et à généraliser le contrôle parental. 

L’actualité législative n’a jamais été autant préoccupée par la pornographie. La proposition de loi (PPL) Avia (art.1) veut contraindre à censurer en 24h les contenus pornographiques accessibles aux mineurs qui leur seront signalés, sous peine d’une amende de 250000€ infligée par un juge.

La PPL Violences Conjugales (art. 11) veut rendre inefficace le «disclaimer», sans proposer des mesures de remplacement compatibles avec les lois de protection des données personnelles sensibles et la protection de la vie privée. Le projet de loi sur l’Audiovisuel va étendre les pouvoirs du CSA sur les plateformes de vidéos mises en ligne par les internautes avec pour cible notamment les contenus pour adultes. Plusieurs formes de censure aux contours mal définis et à l’efficacité douteuse sont proposées. Les mineurs pourront toujours très facilement contourner les interdits avec un VPN téléchargeable en deux clics.

Et si ces mesures masquaient un tout autre agenda ? Une étrange coalition se constitue en effet entre des mouvements anti-sexe classiques et de grandes productions françaises, reçus par le gouvernement et les parlementaires. Ces grandes productions militent en faveur de lois plus sévères qui limitent l’accès du porno sur Internet, celles-ci tirant leurs profits d’abonnements à leur site et souffrant du développement de la concurrence du porno dit indépendant. Grâce aux outils d’Internet, des actrices, acteurs et modèles, inspirées d’un féminisme « sex-positive », parviennent à s’auto-produire, proposant une diversité de contenus et de nouvelles représentations des corps et sexualités. Malheureusement, les dénonciations et censures déjà courantes sur les réseaux sociaux s’attaquent d’abord à elles et eux. Elle s’attaque aussi à des artistes comme Leslie Barbara Butch en pointe dans la lutte contre la grossophobie qui a par exemple récemment été censurée après avoir posé nue.

Cette censure vise de plus en plus à tout le monde, met particulièrement en danger les travailleur·se·s du sexe, crée plus de dépendance aux intermédiaires et donc d’exploitation, et maintient une morale anti-sexe ainsi que le slut-shaming. Les contenus porno ne risquent pas de s’améliorer si celles et ceux qui tentent de changer ses représentations problématiques et discriminantes ou qui cherchent à valoriser le consentement sont censurés. Pour un porno de meilleure qualité, il faudrait s’intéresser aux conditions de travail des actrices, acteurs, animatrices et animateurs webcams pour qu’elles et ils aient plus de pouvoir et de contrôle sur sa production.

Les mesures proposées pour identifier les utilisateurs et s’assurer de leur majorité sont aussi un vrai risque supplémentaire pour le respect de la vie privée : revenge porn, fuite des données privées à cause de faille de sécurité de sites mal protégés, outing et menaces de chantage, cyberharcèlement, sont de plus en plus fréquents. En novembre dernier, 330 000 utilisateurs de sites de camgirls ont ainsi vu leurs conversations et données privées rendues publiques. Plus personne n’est à l’abri de ces erreurs et actes malveillants comme nous le démontre l’actualité municipale parisienne. C’est ce qui a conduit le Royaume-Uni à renoncer à sa loi de censure du porno sur Internet, après un bilan montrant l’inefficacité de sa mise en œuvre.

D’autres solutions sont préférables comme celle proposée par Cédric O, secrétaire d’état chargé du numérique qui défend le contrôle parental généralisé. Pourquoi cette proposition est elle écartée des discussions alors que c’est la plus logique, la plus simple à mettre en place, et la plus efficace pour protéger les mineurs ? Une autre action majeure serait une éducation à la sexualité digne de ce nom, pour promouvoir la santé sexuelle, lutter contre les discriminations, et les violences, mais la volonté politique manque toujours cruellement par peur du conservatisme des familles et parents d’élèves, peur infondée, puisque celles-ci sont au contraire en demande sur ces sujets.

Signataires :

STRASS-Syndicat du Travail sexuel
ICRSE
Act Up
Acceptess-T
Bus des Femmes
SOS Homophobie
Transat, asso trans à Marseille
Women's March Paris
OUT’rageantEs
Association CABIRIA
association MEDUSA
Collages féministes Lyon
Sexy SouciS
Association FRISSE
La Mutinerie
Association Polyvalence
Projet Par et Pour

Amar, Secrétaire générale du STRASS
Giovanna Rincon, directrice de Acceptess-T
Rico Simmons, acteur porno
Anaïs de Lenclos, Travailleuse du Sexe, porte-parole du STRASS
Salomé, activiste pour les droits des TravailleusES du sexe
Sarah-Marie Maffesoli, activiste pour les droits des TravailleusES du sexe
Marc-Antoine Bartoli, président d'Act Up-Paris
Océan, artiste
Leslie Barbara Butch, artiste
Rébecca Chaillon, artiste
Bertoulle Beaurebec, actrice porno
Romy Alizée, artiste et actrice porno
Anoushka, réalisatrice de films porno
KAy Garnellen, acteur porno
Misungui, actrice porno et domina
Juan Florian, travailleur du sexe et acteur porno
Marianne Chargois, travailleuse du sexe et artiste
Juliet Drouar
Cybèle Lespérance, travailleuse du sexe
Pierre Brasseur, sociologue
Tan Polyvalence
Robyn Chien, réalisatrice de film porno
Coraly L., travailleuse du sexe
MylN Juste, travailleuse du sexe
aXelle de Sade, travailleuse du sexe
Christine, travailleuse du sexe
Lullabyebye, actrice porno et camgirl
Nikita, travailleur du sexe
Natacha, projet protection des données
Nina Adl Lenestour, travailleuse social, du sexe, activiste contre le VIH/Sida
The Girl Named B, travailleuse du sexe
Mistress Euryale, Dominatrice
Osmose/Awen, travailleur du sexe
Christine Rougemont
Mirah Mord, travailleuse du sexe
Rose, militante au STRASS et escorte girl
Bay, sexworker
Beverly Ruby, Actrice porno et escort
Slamboy, membre du STRASS

AlinaCamX
Lisa Duval
Lola
Natacha, projet protection des données
Yanakilla
Von Klembhol
Julie
Gildas
Érika
Ulysse Debove
Ju, journaliste
Laureline
Loup Dindeleux
Claise
Luth
Eden James Fritz
Eric Bétend (enseignant)
Charlie Feral
guy
Nyx-Aph
Lou
Lou Volta
Cyan
Amandine (TDS)
Ritarousse
Kelsey Davies
Madame Lule
Khalamité
Knivy
Thierry Schaffauseur, travailleur du sexe
Ludivine Demol, chercheuse en genre et sexualité

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