En plein Paris, des Tunisiens à la rue!

Le collectif Citoyens du monde a vu le jour de manière spontanée, en réaction aux événements survenus ces derniers jours au 36, rue Botzaris. Troublés par le silence médiatique et politique sur ces événements, nous souhaitons prendre position dans ce communiqué afin de faire évoluer la situation, actuellement en crise.

Depuis plusieurs mois des réfugiés tunisiens dits de Lampedusa sont à Paris, sans papiers, sans toit, sans ressources. Après avoir systématiquement fait l'objet d'expulsions des différents endroits où ils avaient pu trouver refuge,ils se sont abrités, le 31 mai, dans un local situé au 36, rue Botzaris dans le 19e arrondissement de Paris. Celui-ci est depuis de nombreuses années affilié à l'ex-RCD le parti
de Ben Ali. Ce faisant, les Tunisiens espéraient se placer sous la protection de l'ambassade de leur pays d'origine, seule autorité susceptible de déclencher leur évacuation.

Une première expulsion a pourtant eu lieu le soir du 7 juin, à l'initiative de l'ambassade. Le 9 juin un communiqué de presse paraît sur son sitejustifiant cette décision et se concluant ainsi: «Tout en regrettant la tournure prise par ces événements, l'Ambassade continuera avec le concours des autorités françaises compétentes ainsi que celui du tissu associatif à apporter son soutien total à ces jeunes et œuvrera pour leur trouver une solution digne et durable honorant la Tunisie de la révolution.»

Les réfugiés réintègrent le bâtiment le soir même. Les premières alertes à l'opinion sont publiées par des soutiens locaux dans le but de sensibiliser les Tunisiens non-informés aux événements qui viennent de se dérouler et leurs probables enjeux.

Les premiers articles de presse sont publiés durant les quelques jours suivants, puis très rapidement, les événements vont s'enchaîner à une vitesse inattendue.

La chronologie des événements est essentielle.

Le 14 juin, deux associations, Sherpa et Transparence International déposent plainte.
Le 15 juin des archives du RCD entreposées au 36 rue Botzaris ont disparues (environ un tiers), déplacées vers un endroit tenu secret.
Le 16 juin à la première heure, les réfugiés sont expulsés du 36 rue de Botzaris.
Le 17 juin, la justice française ouvre une information judiciaire contre X pour "blanchiment en bande organisée" visant Zine el-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, à la suite de cette plainte.

Ce même jour l'ambassade de Tunisie a annexé le bâtiment, coupant ainsi la voie à toute mesure d'instruction judiciaire française.

A cet enchaînement troublant d'événements ajoutons la présence à Paris de Monsieur Habib Essid, ministre de l'Intérieur tunisien le 15 juin la veille de l'expulsion des réfugiés. Il ne semble pas que cette visite ait été planifiée de longue date. De là à supposer que son principal objet était le traitement de la crise de la rue Botzaris, il n'y a qu'un pas.

Quelles que soient les motivations politiques liées à la présence de documents compromettants au 36 rue botzaris, c'est le traitement infligé aux réfugiés tunisiens sur lequel nous souhaitons attirer l'attention.

Ils sont désormais à la rue sans aucun recours possible, ni aucune solution d'hébergement. Certes le nombre de citoyens se sentant concernés par leur sort augmente sans cesse depuis trois jours grâce aux réseaux sociaux, mais les appels incessants aux politiques et aux médias ne donnent rien. En outre, les promesses de l'ambassade réitérées par téléphone sont restées lettre morte.

Les réfugiés commencent maintenant à se disperser, c'est-à-dire à perdre leurs liens entre eux d'une part et ceux avec les soutiens dont nous faisons partie d'autre part. Ils y perdent encore du poids et de la force. La solidarité des citoyens des deux rives de la Méditerranée ne suffit pas à inverser la tendance : les conditions de survie des réfugiés de Lampedusa se dégradent d'heure en heure.

L'urgence est réelle. La situation humanitaire de ces migrants est préoccupante. Au cœur de Paris ils sont abandonnés à leur sort, dépourvus du minimum vital.

La disparition des archives du RCD est bien entendu un enjeu crucial de Botzaris, et il y a fort à parier qu'en Tunisie comme en France, il y a pour certains beaucoup à perdre si leur contenu venait à être révélé. Mais pour le moment, c'est sur les migrants Tunisiens que nous souhaitons concentrer nos forces, c'est autour d'eux que nous souhaitons mobiliser, afin de pouvoir leur venir en aide.

Ce communiqué a pour objet d'informer sur la tragédie qui se joue en plein cœur de Paris. Nous espérons sensibiliser l'opinion publique aux conditions de survie intolérables des réfugiés de Lampedusa. C'est, nous semble-t-il, le meilleur moyen d'inciter les politiques à se saisir de leurs responsabilités.

D'avance merci pour ce que vous pourrez faire afin de contribuer à la visibilité de ce sujet.

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