Halte à la chasse aux sorcières, oui au débat démocratique!

45 personnalités du monde associatif, universitaire et culturel regrettent qu'une «offensive sans précédent est en train de transformer le débat public en arène où tous les coups sont permis contre des personnalités et des militants antiracistes qui refusent les amalgames entre islam/islamisme/terrorisme ». Et appellent à participer à la journée internationale contre l'islamophobie, le 10 décembre, à la Bourse du Travail de Saint-Denis.

Initiée par un Manuel Valls menacé de disparition politique et ses soutiens de toujours, le Printemps républicain, Caroline Fourest, des organes de presse comme Causeur, Marianne, Le Figaro, Valeurs actuelles, relayée par des sites d’extrême droite comme fdesouche, toute la fachosphère, une offensive sans précédent est en train de transformer le débat public en arène où tous les coups sont permis contre des personnalités et des militants antiracistes qui refusent les amalgames entre islam/islamisme/terrorisme et qui combattent  le racisme et l’islamophobie. 

Leur objectif : remettre la question identitaire au cœur de l’agenda politique du pays par la désignation d’un ennemi de l’intérieur, les musulmans. Et réduire au silence ceux et celles qui combattent ce projet mortifère. A un moment où une guerre sociale sans merci est menée partout contre les classes populaires, ces néoconservateurs hexagonaux surfent, en conscience, sur la même vague qui a porté Trump au pouvoir aux Etats-Unis et qui ravage l’Europe de la Hongrie à la Pologne en passant par l’Autriche.  

Leurs méthodes : la manipulation, le dénigrement, la diffamation, l’amalgame. Début octobre déjà, des noms ont été jetés en pâture par les journaux cités plus haut. Edwy Plenel, Pascal Boniface, Jean-Louis Bianco, Edgar Morin, Emmanuel Todd, Alain Gresh, François Burgat, Marwan Mohammed, Houria Bouteldja, Sihame Assbague, Caroline de Haas, Danièle Obono, Benoît Hamon Alexis Bachelay… : toutes et tous, quelles que soient leurs divergences sur le sujet, ont été accusés d’être des « des idiots utiles de l’islamisme » et/ou des « agents de promotion de l’islam » parce qu’elles ou ils refusent l’essentialisation de cette religion et son assimilation à l’intégrisme et au terrorisme. 

Avec l’affaire Tariq Ramadan, une étape a été franchie. Les  violences sexuelles gravissimes  dont il est accusé ont été instrumentalisées de façon éhontée  contre tous ceux  qui l'ont côtoyé, ont débattu ou ont partagé certains de ses combats politiques (contre l'islamophobie, pour un islam européen). Les faiseurs de haine identitaire exploitent  ainsi le combat fondamental contre le sexisme et les violences faites aux femmes au service de leur  chasse aux sorcières.

Comme ils ont toujours instrumentalisé l’accusation d'antisémitisme pour disqualifier les combats politiques de militants et d’intellectuels engagés à gauche et/ou dans le soutien au peuple palestinien : Alain Badiou, Edgar Morin, Stéphane Hessel, Jean-Luc Godard, Siné… ont subi ces attaques infâmantes ; nous récusons l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme qui s’inscrit dans cette instrumentalisation pour criminaliser toute critique de l’Etat d’Israël. 

Nous refusons que le débat démocratique soit préempté par ces faiseurs de haine. Leurs agissements en meute, leur désignation de boucs émissaires ont une fonction : interdire tout débat de fond sur les vrais problèmes de ce pays : le racisme (romophobie, négrophobie, antisémitisme, islamophobie), la casse sociale dévastatrice de tous les acquis sociaux et les ravages des violences sexuelles que subissent les femmes. 

Nous en appelons à la conscience de tou-tes. Ce qui est en jeu aujourd’hui c’est notre avenir à toutes et tous. 

C'est pourquoi nous serons présents er appelons toutes et tous à participer à la journée internationale contre l'islamophobie, le 10 décembre, à la Bourse du Travail de Saint-Denis.

 

Signataires :

Christophe Aguiton, altermondialiste ; Norman Ajari, philosophe fanonien; Pierre Alferi, écrivain ; Omar Benderra, économiste;  Hourya Bentouhami, philosophe, Université de Toulouse - Jean Jaurès; Judith Bernard, enseignante, metteure en scène, journaliste ; Olivier Besancenot; Jacques Bidet, philosophe; Said Bouamama, FUIQP ; Alima Boumediene Thiery, avocate , Femmes plurielles ; Sam Bourcier, sociologue ; Ismahane Chouder, CFPE, PSM ; James Cohen, enseignant-chercheur ; Philippe Colin, enseignant-chercheur ; Annick Coupé, syndicaliste, militante altermondialiste ; Pierre Cours-Salies, sociologue ; Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue ; Christine Delphy, sociologue - féministe ; Laurent De Wangen, militant antiraciste ; Sonia Fayman, sociologue, militante associative ; Mireille Fanon Mendès-France, Fondation Frantz Fanon, ex-experte ONU ; François Gèze, éditeur ; Nacira Guenif, sociologue ; Michelle Guerci, journaliste ; Eric Hazan, éditeur ; Sabina Issehnane, économiste ; Razmig Keucheyan, sociologue ; Pierre Khalfa, économiste ; Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire ; Laurent Levy, essayiste, militant antiraciste ; Michael Löwy, chercheur en science sociales –émérite ; Philippe Marlière, politiste ; Gus Massiah, économiste, ATTAC ; Madjid Messaouden, élu St Denis ; Willy Pelletier, sociologue, université de Picardie ; Sandra Recol, porte-parole EELV ; Julien Rivoire, syndicaliste et altermondialiste ; Catherine Samary, économiste altermondialiste ; Michèle Sibony, militante UJFP ; Denis Sieffert, journaliste ; Eyal Sivan, cinéaste ; Omar Slaouti, militant antiraciste ; Eleni Varikas, professeure émérite à l'Université de Paris 8 ; Françoise Vergès, politologue ; Dominique Vidal, journaliste.

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