19 ans, étudiant : Passé à tabac, 10 minutes, à terre, par des vigiles. Puis arrêté

ma couleur, ta couleur font-elles de nous des êtres différents, avec des droits différents, mon fils ?

Passage à tabac par les agents de sécurité du festival Picardie Mouv, CIRCULEZ Y'A RIEN A VOIR

Frappé par des vigiles puis traité comme coupable 

 

 Ce qui était une agression, violente, est devenu un fait de société par la réponse de nos institutions dont la violence perpétue celle de l’agression.

2 personnes agressées : en 2012, le fils, en 2008, la mère, 2 traitements différents

Le fils

Novembre 2012 : Deux amis d’enfance partent faire la fête dans un festival organisé par la Région Picardie dans une salle municipale. Ils ont 18, 19 ans, l’un lycéen, l’autre étudiant en lettre. Ils dansent, ils s’amusent. Un agent de sécurité attrape l’un d’eux par le col sans raison apparente et lui dit qu’il va le sortir.  Le jeune lui demande pourquoi, il n’obtient pas de réponse. D'autres agents de sécurité viennent en renfort. Ils le font sortir et un des agents de sécurité lui fait un croche- pieds :

Il tombe à terre : Trois vigiles le frappent pendant 10 minutes alors qu’il est à terre :

Une dizaine de vigiles ont fait une ronde autour.  Les responsables des vigiles regardent

La police arrête l’étudiant et le met en cellule

Le jeune homme dépose plainte le lendemain, donc en 2012. Les UMJ (Unités Médico-Judiciaires) lui octroient 6 jours d’ITT (Incapacité Temporaire de Travail), le prix de sa dent brisée.  Le médecin de ville : 3 jours d’arrêt.

Les avocats contactés refusent de prendre l’affaire.

Les tribunaux de Créteil et de Beauvais se renvoient le dossier en se déclarant incompétents territorialement.

En 2014, l’enquête de police débutera.

En mai 2014, un complément de plainte est déposé pour demander un examen complémentaire des UMJ. Aucune suite ne sera donnée à cette demande.

Août 2015, la police informe la mère de la victime qu’une personne auditionnée « dit le contraire des vigiles ». A partir de là, le comportement du policier changera, il arrêtera de considérer le jeune homme comme coupable. Ce qui ne sera pas le cas du juge d’instruction chargé à ce moment de l’affaire. Le procès-verbal d’audition disparaît de la procédure.

Le nom exact de la société de sécurité est caché à la partie civile.

En avril 2017, seulement 3 des vigiles sont mis en examen. Pas moins, de 3 juges d’instruction se succéderont en 5 ans d’instruction. 2019, le juge d’instruction ordonne un non-lieu partiel, le jeune homme fait appel de cette ordonnance. La cour d’appel déclare son appel recevable.

Le procès en correctionnelle se tiendra le 15 juillet 2020.

 

 La mère

En 2008, je rentre chez moi au retour d’une soirée chez une amie. 10 hommes sont sur une place, 2 des individus se détachent du groupe et me poursuivent. Ils me rattrapent, me frappent, je tombe au sol.  2 minutes, de violence, j’arrive à me relever, j’appelle au secours, ils s’enfuient. La police me conduit au poste, et contacte un proche pour qu’il vienne me chercher. 15 jours d’ITT accordés pour un œil au beurre noir et une lèvre éclatée. L’enquête débutera quelques jours après, je serais convoquée pour identifier des suspects.

Dans le premier, cas les agents de sécurité en service risquent la correctionnelle, dans le deuxième cas les agresseurs risquent les assises.

 

Mon fils,

Ne me parlera plus, ne me regardera plus pendant près de deux ans.

Je ne saurais pas où il dort. Il arrêtera la fac.

 La première phrase qu’il me dira à son retour « tu m’avais dit que l’on pouvait tout résoudre par la parole ».

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Et lorsqu'un   jour je lui demande pourquoi il ne me regarde plus, il me répond : « (depuis l’agression) Je ne me supporte plus, je ne   supporte pas la violence que j’ai en moi. » Mon fils est un pacifiste. Cette violence, il l’a retournée contre lui. Pendant   tous ces jours, ces mois, ces années j’ai craint pour sa vie.

                                                                               

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 Et puis après, c’est moi qui n’oserais plus le regarder. Je me suis mise à me haïr et avoir honte de moi. Quel est ce   drapeau que je porte sur mon corps, qui me protège moi et ne le protège pas lui. La nuit dans mon sommeil, je   griffe ce drapeau essayant de l’arracher.

 

Bien sûr que cela rend dingue, que l’application de la loi se fasse différemment selon notre couleur de peau ou la consistance de notre porte-monnaie.

Et si l’on parle du prix financier de tout cela, pour subvenir aux frais nous avons assaisonné des patates à toutes les sauces. Et ce n’est pas une rhétorique.

 

Les vigiles

Un responsable de la société présent lors de l’agression me dira « cela servira de leçon à votre fils, mes gars sont des gentils ».

Les responsables de l’entreprise présents ce jours-là travaillent toujours dans la sécurité, ou sont présents dans des actions auprès de jeunes. Un des vigiles mis en cause est aujourd’hui gérant d’une société et forme des agents de sécurité.

 

Les autres :

La seule personne à avoir été choquée par l’état de mon fils est un agent de police, une personne noire, qui nous a reçu lors du dépôt de plainte. En voyant mon fils entrer dans le commissariat, il s’écrira « qui t’a fait ça, dis-moi que ce ne sont pas des gens de chez nous qui t’ont mis dans cet état ».

Le service de l’hôpital n’a pas été capable de se rendre compte de l’état de mon fils. Il a constaté 3 lésions et fait l’attestation pour les policiers, mentionnant que les coups avaient été portés par les vigiles.

Les policiers qui l’ont arrêté, non plus.

Le médecin de ville consulté en urgence, que nous ne connaissions pas, malgré son constat de 13 des lésions dont une grande partie à la tête ne lui a donné que trois jours d’arrêt.

L’UMJ n’a donné comme ITT que le prix de sa dent marqué dans la nomenclature.

Aucun des médecins ne demandera qu’un scanner soit fait malgré les multiples coups reçus par mon fils, pour prévenir tout risque de traumatisme crânien.

 Est-ce parce qu’ils étaient blancs qu’ils n’ont rien vu ?

Est-ce à dire que nous sommes incapables de voir les souffrances infligées à une personne dès lors que celle-ci ne correspond pas à nos codes ?

 

Le 16 novembre 2012, l’hôpital aurait dû garder mon fils en observation, vu le nombre de coups qu’il a reçu sur la tête et sur le corps. Il aurait pu mourir d’une hémorragie cérébrale. Il en est de la responsabilité de l’hôpital et celle de la police.

Les vigiles auraient dû être arrêtés le soir même. Les agents de sécurité ainsi que leurs responsables pour complicité et non-assistance à personne en danger.

Nous n’avons pas connaissance du nom exact de la société ce qui nous a privé d’un recours contre elle au niveau de sa responsabilité pénale.

Quant au conseil régional est son incapacité ce soir-là à gérer le service de sécurité qu’il avait mis en place, il y va aussi de sa responsabilité en tant qu’organisateur.

 

 

 

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