Ce que le gouvernement devrait comprendre de la discipline et de la citoyenneté

Les récentes décisions prises ces derniers jours pour freiner l’impact de nos vies sur la contamination grandissante, mettent à nouveau nos libertés à l’épreuve.

La réalité c’est que nous sommes un peuple libre et indiscipliné : des latins arrogants ! C’est ce qui fait notre charme aux yeux du monde entier, mais c’est aussi ce qui génère un tel chaos au quotidien (encore plus en situation de crise).

Je redoutais qu'on nous impose le confinement le week-end (c'est dire que je ne pensais même pas qu'on oserait nous confiner sévèrement !), et je clamais encore hier que j'aurais fait partie de ceux et celles qui ne le respecteront pas. Pourquoi ?

Parce que :

  1. J’ai respecté scrupuleusement le 1er confinement et n’ai fait aucune entorse (seulement sortir une deuxième fois mais toujours pour une raison valable que je pouvais cocher honnêtement sur mon attestation)
  2. Je ne suis pas partie en vacances à la sortie du confinement, par acte citoyen de ne pas avoir une once de doute quant à la potentielle possibilité que je sois asymptomatique et que transmette le virus dans des zones moins touchées.
  3. Parce que j’ai porté mon masque, n’ai pas fait de soirée à plus de 10, n’ai pas embrassé mes proches ni enfreint une quelconque consigne préventive

J’estime avoir été et être disciplinée, respectueuse et citoyenne, malgré la contrainte, malgré avoir vu mes connaissances profiter de la vie « comme avant » avec soirée rooftop à Marseille cet été, vacances en Espagne et soirées en appartement, entre autres réjouissances sociales.

J'allais, encore jusqu'à hier, quasiment tous les jours au travail, et je porte mon masque qui absorbe la moitié de mon maquillage et fait couler mon mascara quand je marche 25 minutes pour éviter de prendre le métro.

J'étais fermement déterminée à continuer d’aller travailler et respecter les gestes de précaution pour ne pas transmettre mes miasmes ou en attraper ; et j'assumais que je n’aurais pas accepté davantage de contraintes qui sont seulement les conséquences de notre gouvernement et de notre système qui persiste à faire preuve d’une impéritie grossière et scandaleuse. Malheureusement, même mon employeur refuse que nous (je suis journaliste pour la presse professionnelle) ayons la liberté de nous déplacer. Je suis tellement choquée, scandalisée et en colère !

Alors il me reste encore la liberté de dire, d'écrire et de rêver d'une issue :

Pour rappel deux termes qui me semblent nécessaire d’étudier ensemble pour trouver (modestement) une solution à la situation  :

Discipline :

  • Règle de conduite commune aux membres d’un corps, d’une collectivité ; obéissance à cette règle.

    Faire régner la discipline dans une classe.

  • Règle de conduite que l’on s’impose.

    S’astreindre à une discipline sévère.

Citoyenneté :

  • La citoyenneté est le fait pour un individu, pour une famille ou pour un groupe, d’être reconnu officiellement comme citoyen, c’est-à-dire membre d’une ville ayant le statut de cité, ou plus générale d’un État.

Comment conjuguer les deux ? Surtout pour le peuple français, tellement fier de sa LIBERTÉ, qu’il en reformule la définition à sa guise, dans un système qui le laisse libre de le faire ?

Je crois, sincèrement, qu’il faut agir un peu comme avec des enfants avec nous. Autrement dit, transformer la contrainte comme jeu avec récompense à la clé. Car la punition sera inexorablement perçue comme une nouvelle entrave à la liberté qui semble être dans notre ADN, quelque soit la définition que chacun s’en fait.

Je vous recommande la lecture de cet article de Paul Krugman sur le New York Times, voici un passage :

"Mais il y a aussi beaucoup de rhétorique libertaire, beaucoup de discours sur la "liberté" et la "responsabilité personnelle". Même les politiciens qui disent que les gens doivent se couvrir le visage et éviter les rassemblements à l'intérieur refusent d'utiliser leur pouvoir pour imposer des règles à cet effet, insistant sur le fait que cela doit être une question de choix individuel.

Ce qui est absurde.

Beaucoup de choses devraient être une question de choix individuel. Le gouvernement n'a pas à dicter vos goûts culturels, votre foi ou ce que vous décidez de faire avec d'autres adultes consentants.

Mais refuser de se couvrir le visage pendant une pandémie, ou insister pour se mêler à l'intérieur avec de grands groupes, ce n'est pas comme suivre l'église de votre choix. C'est plutôt comme déverser des eaux usées brutes dans un réservoir qui alimente d'autres personnes en eau potable.

Il est remarquable que de nombreuses personnalités ne semblent toujours pas comprendre (ou ne sont pas disposées à comprendre) pourquoi nous devrions pratiquer la distanciation sociale. Il ne s'agit pas principalement de nous protéger - si c'était le cas, ce serait en effet un choix personnel. Il s'agit plutôt de ne pas mettre les autres en danger. Le port d'un masque peut offrir une certaine protection à celui qui le porte, mais surtout il limite les risques d'infecter d'autres personnes.

En d'autres termes, les comportements irresponsables actuels sont essentiellement une forme de pollution. La seule différence réside dans le niveau auquel le comportement doit être modifié. Pour l'essentiel, le contrôle de la pollution passe par des institutions de régulation : limitation des émissions de dioxyde de soufre des centrales électriques, obligation pour les voitures d'être équipées de pots catalytiques. Les choix individuels - papier contre plastique, marche au lieu de conduire - ne sont pas complètement hors de propos, mais ils n'ont qu'un effet marginal.

La lutte contre une pandémie, en revanche, exige principalement que les individus modifient leur comportement - se couvrir le visage, s'abstenir de traîner dans les bars. Mais le principe est le même."

Comment transformer la liberté de sortir – l’interdiction de sortir le soir :

  • Transformer la tournée des bars en tournée matinale (croissants, brunch, café, sport) : quelle nouvelle habitude sociale pourrions-nous imaginer pour que la nouvelle tendance soit le lever tôt et le culte de profiter des heures matinales comme échappatoire, moment de liberté, de sociabilité et de convivialité (modérée) ?

  • Instaurer de nouvelles activités extérieures gratifiantes et utiles pour le groupe, le quartier, l’entreprise, les artisans, les commerçants : quelles activités pourrions-nous réaliser uniquement le matin ?

Mes utopies n’ont vocation qu’à générer des idées, une nouvelle façon de considérer les choses. Je pense que contraindre des activités au matin pourrait compenser la liberté de sortir le soir : quelles seraient ces activités impactantes, pour lesquelles nous serions récompensés, à réaliser dans une période courte et circonscrites à la matinée, et qui nous remplirait individuellement ?

Comment transformer l’obligation de porter le masque comme un acte de fierté et non de contrainte :

  • Il faudrait certainement investir pour améliorer ces masques : les rendre plus ergonomiques, plus inclusifs aussi, plus jolis, plus funs, plus agréables à porter. Pourrions-nous faire de ce nouvel objet un accessoire à fort potentiel ? Digne d’être porté, d’être montré, d’être optimisé, voire rentabilisé ?

Comment transformer la liberté de réunion – l’interdiction de se retrouver à plusieurs ?

  • Pourrions-nous créer une nouvelle interconnexion gratifiante pour chaque occasion de se réunir : que les réunions permettent à chacun et au groupe de faire quelque chose d’utile, d’avoir une récompense concrète lors de moments à plusieurs ? Autrement dit, joindre l’utile à l’agréable. Car finalement la gratuité de notre étalage de vie façon Instagram pourrait certainement nous offrir des avantages, des points, des réductions, que sais-je ! Ces outils surpuissants que sont les réseaux sociaux, sont à mon sens négligés et inexploités…

Est-ce vraiment si fou d’imaginer des discussions de ce niveau-là à l’assemblée ? Une vaste réunion de concepteurs brainstormant pour rendre la vie tout simplement plus belle pour ces « imbéciles » que nous sommes et qui ne voulons pas devoir aller travailler nos maigres 39h hebdomadaires, que les autres pays nous envient, sans jouir des heures restantes à vivre et profiter de notre liberté ?

Je me permets de pousser l’utopie encore un peu, au risque d’être clivante…

Pourquoi ne choisirions-nous pas (en ce temps de crise, j’insiste sur ce point) de faire que nos impôts aillent directement pour soutenir le secteur hospitalier et le système de santé ? Car je suppose qu’une partie de mon salaire va bien pour des budgets qui ne sont pas ACTUELLEMENT prioritaires.
Je préfère encore qu'une partie de mon salaire aille dans le système scolaire afin de financer une meilleure façon d’enseigner aux générations que pour l’armée (je parle bien sûr d’une force qui punit le mal, alors qu’on devrait investir dans une force qui ne la génère pas, mais qui éduque, élève et libère les esprits). Je préfèrerais tant que nos écoles soient des lieux où se construit la citoyenneté plutôt qu’un champ de bataille où l’on redéfinit la religion, l’égalité des genres ou des chances. Notre société est gangrénée par une forme de monarchie caduque qui n’offre d’avenir qu’à des « bons » numéros alors qu’elle devrait offrir un vaste territoire d’expression pour tous, sans rage, sans revanche, sans colère.

J’espère vraiment que les décisions à venir seront pertinentes, DURABLES, modernes et agiles, car toucher à la liberté individuelle me semble être d’une dangerosité aux conséquences dramatiques dans ce monde bien trop capitaliste et commercial pour que notre nation n’en sorte pas abimée, voire anéantie.

Si aucune solution, autre que ce confinement stupide, ne trouve grâce aux cerveaux de nos politiques, je pense que la meilleure solution serait de verser les revenus de la TVA pour une machine qui contrôle le temps et la météo, qui se mettrait à générer vent, pluie et nuit pour nous dissuader de mettre le nez dehors à partir de 18h. Non, en vérité, je voudrais que la TVA soit utilisée pour protéger l'artisanat, les PME et TPE.
Je pourrais me lancer corps et âme dans une bataille qui aurait pour but d'interdire que les grandes surfaces vendent des produits de tradition et de savoir-faire artisanal, de façon à ce que nos artisans puissent vivre et non survivre... Je rêve que l'on remette de l'ordre dans ce cataclysme, que le local et la proximité ne soient pas des arguments marketing mais une vraie façon de vivre ensemble... Je rêve oui, je sais.

La citoyenneté a à voir avec une discipline morale intérieure, non contrainte et soumise à punition et amende : il s’agit à mon sens de la méthode la plus absurde pour juguler notre nature de français/d’individus à jouir de la liberté d’aller, vivre, être.

Je ne souhaite aucunement heurter en exprimant mon opinion qui, bien sûr, « surface » bon nombre de choses et de sujets qui méritent l’approche d’experts, une réflexion approfondie et des échanges pour prendre les bonnes décisions, mais je profite de ma liberté d’écrire pour dire au moins que je ne souhaite pas davantage d’entraves dans notre quotidien… Car si je reconnais que je pressens moi-même une réaction de révolte, je n’ose imaginer le tsunami qui risquera de se déclencher si nous devions à nouveau être confinés sévèrement... Ha mais zut, nous y sommes ?!

Bref, ma question est : comment établir des sanctions justes quand on menace un équilibre constitutionnellement indiscutable concernant la liberté citoyenne ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.