La reconversion inattendue d'une entrepreneure

Linda Gaëlle est une entrepreneure gabonaise,proche de la quarantaine. Elle est propriétaire d'une agence de voyage non loin d'Owendo, commune proche de la capitale gabonaise Libreville. Son entreprise était florissante, elle ne comptait plus ses clients. Aujourd'hui, le contexte économico-sanitaire a changé en raison du Covid-19.

Les aéroports sont fermés, de même que les frontières aériennes, terrestres et maritimes. Elle a donc décidé de ne pas subir cette crise en opérant une reconversion professionnelle.

Quelques semaines après la cessation de son activité, Linda Gaëlle a décidé de rester dans le domaine de la vente mais de changer de produits de vente bien loin de l'industrie du voyage. Elle choisit donc de se tourner vers "La commercialisation de poissons frais". Cela peut paraître étonnant mais c'est plutôt sa détermination et sa prise de risque qui attire notre attention et force l'admiration. En effet, elle est sortie de sa zone de confort. Elle nous parle de ce qui fait désormais parti de son quotidien.

Tous les jours à 6 heures du matin, je profite de la voiture de mon mari pour me rendre sur mon nouveau lieu de travail et ainsi vaquer à mes occupations, confie t-elle. Trente minutes plus tard, nous arrivons à 10 km du lieu où les pirogues accostent. En raison du mauvais état de la route, je suis obligée de descendre là, mon mari ne pouvant aller loin. De plus, il doit lui aussi aller au travail. Je marche donc 10 km dans la boue, absence totale de véhicule de liaison appelée communément "clando". Après environ 1h30mn de marche, autour de 8h30mn, j'arrive enfin au débarcadère, ou j'aperçois d'autres commerçantes pour la plupart des non Gabonaises,  approximativement une quinzaine.

A l'arrivée des pirogues de pêcheurs (10h), ces femmes s'activent et se précipitent vers les piroguiers. Elles s'entretiennent avec ces derniers en messages codés car ils sont également en très grande partie des non Gabonais. Parmi les commerçantes, les 3 Gabonaises que nous sommes, arrivons très vite à décoder ces messages car ils joignent la parole aux actes. Les commerçantes non autochtones bénéficient donc de la marchandise de premier choix et les Gabonaises n'ont droit qu'au reste. Si nous ne sommes pas satisfaites, nous devons attendre le deuxième tour (Midi) et parfois le troisième tour (16h).

Oh My God, quel calvaire!

Grace au numérique, nous arrivons à trouver des clients mais vu que nous ne bénéficions pas du 1er choix de poisson, ce que les clients commandent n'est parfois pas ce que nous achetons avec les piroguiers. Certains de nos clients le comprennent  tandis que d'autres non. Nous contraignant ainsi à leur rembourser.

En cette période de fin de mois, les commandes sont  de plus en plus nombreuses. Certains aimeraient acheter à crédit, ce qui est difficile pour nous car ce mode de paiement ne nous arrange pas surtout en cette période. De nombreux ménages s'approvisionnent en vivres frais. Ils disposent donc de liquidité.

En un an, ce commerce serait plus rentable que mon agence de voyage si toutes les commerçantes avaient les mêmes avantages.  Pour l'heure, celui-ci m'aide à me relever et à conjurer le sort du Covid-19 chez la majorité des entrepreneurs.

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