Je ne voulais pas d'enfant

Je ne voulais pas d'enfant dans un monde qui enferme ses vieux sans culpabilité, qui bourre le crâne de ses mômes avant de les écouter, qui se moque des fragiles et des modestes. Je ne voulais pas d'enfant dans un monde qui a besoin d’avoir des pauvres pour servir les intérêts d’une minorité.

 © ©darlyne1980 © ©darlyne1980

L’humanité en voie d’extinction continue sa course folle entrainant avec elle le vivant sous toutes ses formes. Les egos enflent, l’individualisme galope, le déni accompagne l’inertie.

Je ne voulais pas d’enfant dans un monde où la première religion avait pour dieu l’argent. Cette religion admirée et incontrôlée traversant tel un poignard toutes les classes sociales. Cette religion sans frontière, sans garde-fou, sans valeur qui enflera jusqu’à l’ultime implosion.

Je ne voulais pas d’enfant dans un monde qui vise l’uniformisation et qui craint la différence. Un monde où être ne va pas de soi. Un monde dans lequel il faut se grimer, parfois se renier. Un monde où le rêve est de posséder plus que l’autre, de voyager par-delà les mers et les océans, de pouvoir consommer.

Je ne voulais pas d’enfant dans un monde qui enferme ses vieux sans culpabilité, qui bourre le crâne de ses mômes avant de les écouter, qui se moque des fragiles et des modestes. Un monde qui a besoin d’avoir des pauvres pour servir les intérêts d’une minorité.

Je ne voulais pas d’enfant mais l’amour en a décidé autrement. Et te voilà mon fils, minuscule et fragile dans les bras de ta mère. Ta mère que j’aime et qui plonge ses yeux dans les tiens. Qui te contemple avec un amour si fort que rien autour de vous ne semble exister. Qui, de gestes instinctifs, te berce et te nourrit. Ta mère que je découvre louve, prête à tout pour te défendre, qui même épuisée reste radieuse de tout cet amour qu’elle a à t’offrir.

Et moi qui, il y a quelques années, ne voulais pas d’enfant, je te regarde les yeux embués de larmes, découvrant dans mes bras ton minuscule corps endormi. Et je bascule vers un amour que je ne connais pas mais dans lequel je veux me donner tout entier.

Nous sommes trois animaux, trois mammifères vivant une expérience à la fois unique et banale qui bouleversera, j’en suis sûr, ma vie. Me voilà père et le reste du monde a disparu.

Tu nous as rejoints depuis peu mon fils et tu m’as permis de m’oublier. Les soucis qui occupaient mes nuits se sont volatilisés, les fatigues ponctuelles sur lesquelles je me lamentais sont désormais mon quotidien, un quotidien lumineux.

Je sais aujourd’hui que tu m’aideras à être meilleur, que tu m’apprendras l’humilité. Tu m’emmèneras malgré moi sur des chemins que j’avais évités. Tu me confronteras à mes désirs enfouis et tu m’apprendras à en devenir maître. Tu es un petit être, tu ne parles pas et tu ne tiens pas encore ta tête, mais je sais désormais que pour toi je cesserai de regarder le passé avec nostalgie et mélancolie.

J’avancerai sans craindre de trébucher à chaque pas, comme quelqu’un qui n’a plus peur et qui aime. En sentant ton cœur contre le mien, j’ai su que je n’aurai plus peur de me battre. De résister à toutes ces inepties qu’on nous fait croire inéluctables. Je ne changerai pas le passé, je ne changerai pas le monde mais je changerai pour toi. Car je te dois l’espoir et le bonheur, car je te dois le meilleur. Je tacherai de renier mon égoïsme et mon individualisme. Pour toi, mon fils, pour ta mère, qui s’occupe de toi avec tant de patience et de douceur, je veux croire en l’avenir.

Avant toi, je ne trouvais pas toujours ce que je cherchais et je ne savais parfois même pas ce que je cherchais. Tu as donné un autre sens à ma vie. Dans tes yeux, je peux voir se refléter l’avenir et y lire les responsabilités qui m’incombent. Et quand tu serres dans ta petite main un de mes doigts, je sens la force qui me porte et qui a porté tant d’autres avant moi.

Je n’oublierai pas qu’au fond de nous sont entremêlés l’humain et l’inhumain mais pour toi mon fils, je veux apprendre à espérer.

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